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Le monde à l’envers
 Le monde à l’envers
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catégorie : politique / social
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Depuis quelques jours, si vous arrivez à suivre les actualités, la tête devrait vous tourner autour des oreilles.

Pendant sept décennies, on avait enfin réussi à séparer le monde en deux. Simplement. D’un côté les capitalistes libéraux, alias les Ricains, de l’autre côté, les communistes planificateurs, alias les Viétiques.

C’était si simple.

En fonction de sa propre idéologie, les méchants étaient d’un côté et les gentils de l’autre. Et ça permettait de s’étriper gaiement en famille pendant les longues soirées d’hiver.

Hélas, depuis la liquéfaction de l’empire soviétique, tout est différent.

Les Ricains ont bien tenté de remplacer les cocos par les Rakiens puis les Serbes puis, finalement, les islamistes, mais ce partage arbitraire du monde n’a plus l’adhésion des autres pays alliés, notamment de la vieille Europe.

Dans les siècles futurs, sans doute les historiens se disputeront sur la date qui a marqué ce changement de période historique.

Entre le 9 novembre 1989, chute du Mur de Berlin, et le 11 septembre 2001, attentats du World Trade Center, en passant par le 25 décembre 1991, dissolution de l’Union soviétique, on retrouvera les vieux débats sur la fin du Moyen-Âge et le début de la Renaissance, entre 1453, chute de Constantinople, et 1492, découverte de l’Amérique (justement) par Christophe Colomb.

Personnellement, j’opte pour 1453 et 1989. 1492, personne n’a vraiment réalisé à l’époque en Europe la signification d’une découverte territoriale d’un illuminé. Et 2001, c’est un peu la conséquence de 1989 et de la fin de la guerre froide.

Mais reprenons ce monde à l’envers.

Car il est vraiment à l’envers.

À l’Est, à Moscou, sévissait sous Eltsine la pire loi de l’ultralibéralisme viscéral, avec ses Al Capone et autres mafiosi. Cela s’est un peu atténué avec Poutine qui a repris en main l’État, mais la logique des intérêts russe est clairement économique, et plus particulièrement, énergétique.

Et si on pousse encore plus à l’Est, la Chine est une belle démonstration du capitalisme mondial. Sans protection sociale, sans protection dans le travail, sans régulation autre que du marché confondu avec l’État. Sans remise en cause des acquis, puisqu’il n’y en a jamais eu, d’acquis.

Cela fait une bonne quinzaine d’années qu’on pouvait observer ce phénomène.

Mais àl’Ouest, c’est tout nouveau.

Il y a dix jours, Paulson (l’équivalent américain de Christine Lagarde) décide de faire un plan de sauvetage pharaonique. Racheter les actifs vaseux des banques en pleine tourmente financière. Bref, nationaliser. À hauteur de 700 milliards de dollars.

Le plan a été rejeté par les représentants lundi car ils doivent se faire réélire dans moins de cinq semaines, et les Américains sont furieux par un tel plan. Mais il passera certainement dans les prochains jours ou semaines.

Bush voudrait-il mettre en place le premier communisme nord-américain ?

En tout cas, ça y ressemble.

Et la France, elle est libérale, vous croyez ?

Si vous le croyez, vous n’avez rien compris à la réalité.

Nicolas Sarkozy est un étatiste par essence. Comme Jacques Chirac, comme François Mitterrand, comme… Il suffit de compter le nombre de taxes supplémentaires instaurées depuis seulement un an. Le nombre d’interventions de l’État (ou du Président de la République) dans les nombreux domaines de la nation.

Alors, si vous voulez encore comprendre le monde d’aujourd’hui, il suffit d’avoir cette grille de lecture : ce n’est pas celui qui dit qui est.

Les socialistes ne sont plus socialistes depuis juin 1982. Mais les libéraux n’ont jamais été au pouvoir. Malgré la score maigrichon (moins de 2%) des communistes français, c’est bien l’État providence dans un environnement de libre concurrence qui essaie d’être préservé. Plus ou moins efficacement.

Aujourd’hui, la retraite des actifs français est plus assurée que celle des actifs américains. Et pour cause !…

Étrange notion que ce capitalisme conditionnel : les profits sont laissés au privé et le public se partage les pertes. Bref, à tous les coups, on gagne. Ou on perd, ça dépend de quel côté on se place.

Mais dans quel monde vivons-nous, ma chère dame ?


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La sortie du capitalisme a commencé
Reprise d'un billet écrit le 24 mars 2008.

Quarante ans après la révolte de Mai 1968, vingt ans bientôt après la chute du mur de Berlin, le monde est confronté à une triple crise. Crise économique avec l’atteinte par le capitalisme, du fait même de son développement, de limites probablement insurmontables. Crise politique avec la mort à petit feu de la démocratie. Crise de civilisation, enfin, avec une activité humaine limitée, dans le meilleur des cas et pour le plus grand nombre, au travail et à la consommation. Ces trois crises, qui n’en font qu’une, ouvrent probablement une nouvelle ère pour la condition humaine.André Gorz, dans le dernier article écrit avant sa mort,nous laisse un message à la fois plein d’espoir et inquiétant La sortie du capitalisme a déjà commencé[1]. Comme l’a fait Jean-Luc Porquet dans le Canard enchaîné du 30 janvier dernier, nous puisons dans ces écrits de Gorz une lecture particulièrement pertinente de la crise financière actuelle.

Par son développement même, le capitalisme atteint aujourd’hui une limite qu’il est incapable de dépasser et qui en fait un système qui survit par des subterfuges à la crise de ses catégories fondamentales : le travail, la valeur, le capital. Bien loin d’être due à l’œuvre d’un des trois boucs émissaires créés par nos sociétés actuelles[2], le spéculateur, la crise financière qui secoue l’économie mondiale n’est que l’aboutissement logique d’une évolution qui s’est accélérée. Ces trente dernières années, du fait de la révolution microélectronique, la quantité de travail nécessaire pour fabriquer un produit, et donc son prix (sa valeur d’échange) ne cessent de baisser. Se confirme à un niveau jamais atteint jusqu’alors la contradiction interne sur laquelle repose le capitalisme. D’une part le système vit de l’absorption d’énergie humaine à travers la dépense de la force de travail ; d’autre part il impose, via la concurrence, une augmentation permanente de la productivité qui tend au remplacement du travail humain par les machines et à la diminution du prix (valeur d’échange) des produits. Jusqu’alors, cette contradiction (cause de toutes les crises précédentes, notamment la crise mondiale de 1929) avait pu être surmontée par l’extension des marchés à de nouvelles couches de consommateurs. Certes la dépense de travail par produit diminuait, mais dans l’absolu la production augmentait. Or, avec la révolution microélectronique, tout indique que ce mécanisme de compensation s’arrête. Pour la première fois, l’innovation de procédés (portant sur les structures d’organisation, de production et de distribution) va plus vite que l’innovation de produits ; la quantité de travail rendu superflu est supérieure à la quantité de travail créé par l’extension des marchés. Le système atteint ainsi une limite où la production et l’investissement dans la production cessent d’être suffisammentrentables pour que le volume de profit réalisé ne diminue pas. La course folle faite d’exploitation accrue des travailleurs (« travaillez plus), de diminution des salaires, de réduction des effectifs, de délocalisation, ne suffit plus. Cette augmentation de la productivité, plus rapide que l’extension des marchés,rendant non rentable les investissements dans l’économie réelle, le capital-argent reflue vers les marchés financiers et engendre des bulles spéculatives. La plus-value fictive des valeurs boursières n’étant que l’anticipation de la consomption de travail réel futur qui ne viendra jamais, dès 1999, le Manifeste contre le Travail[3], deRobert Kurz et al, annonçait le risque d’écroulement des marchés financiers des centres capitalistes aux Etats-Unis, en Europe et au Japon.

Nous y sommes. Une part importante des bénéfices record n’est pas réinvestie dans la production : celle-ci n’est pas assez rentable. Les 500 firmes de l’index Standard & Poor disposent de 631 milliards de dollars de réserves. Une étude du cabinet McKinsey estime à 800 billions (80 000 milliards) de dollars le volume de capitaux à la recherche de placement. Plus de la moitié des bénéfices des entreprises américaines provient d’opérations financières. Pour se reproduire et s’accroître le capital recourt de moins en moins à la production de marchandises et de plus en plus à « l’industrie financière » » qui ne produit rien : elle « crée » de l’argent avec de l’argent, de l’argent sans substance en achetant et en vendant des actifs financiers et en gonflant des bulles spéculatives. La hausse continue du prix des titres permet à leurs détenteurs d’emprunter aux banques des sommes croissantes qui utilisées pour d’autres placements spéculatifs ou pour l’achat de biens, donnent l’impression d’une grande abondance de liquidités. Celle-ci est due en réalité à une croissance vertigineuse des dettes de toute sorte auxquelles les cours surfaits des titres participant à la bulle servent de caution. L’argent est la seule marchandise que l’industrie financière produit par des opérations de plus en plus hasardeuses et de moins en moins maîtrisables sur les marchés financiers. Les subprimes en sont l’exemple parfait : on accorde massivement des crédits à des gens qui n’ont pas les moyens de les rembourser, car rien n’est plus payant que de permettre aux gens de se surendetter, en anticipant sur les profits qu’ils rapporteront quand ils rembourseront avec intérêt.

La masse de capital que l’industrie financière draine et gère dépasse de loin la masse de capital que valorise l’économie réelle (le total des actifs financiers représente 160 000 milliards de dollars, soit à trois ou quatre fois le PIB mondial). La « valeur » de ce capital est purement fictive : elle repose en grande partie sur l’endettement et le good will, c'est-à-dire sur les anticipations : la Bourse capitalise la croissance future, les profits futurs des entreprises, la hausse future des prix de l’immobilier, les gains que pourront dégager les restructurations, fusions, concentrations, etc. La capitalisation des anticipations de profit et de croissance entretient l’endettement croissant, alimente l’économie en liquidités dues au recyclage bancaire de plus-values fictives et permet aux Etats-Unis « une croissance économique » qui, fondée sur l’endettement intérieur et extérieur, est de loin le moteur principal de la croissance mondiale (y compris de la croissance chinoise). L’économie réelle devient un appendice des bulles spéculatives entretenues par l’industrie financière.

On a beau accuser la spéculation, les paradis fiscaux, l’opacité et le manque de contrôle de l’industrie financière –en particulier des hedge funds –, la menace de dépression, voire d’effondrement qui pèse sur l’économie mondiale, n’est pas due au manque de contrôle ; elle est due à l’incapacité du capitalisme de se reproduire.

[1] Dans Ecologica, Editions Galilée, 2008

[2] Le terroriste, le pédophile, le spéculateur

[3] Krisis, Manifeste contre le travail
 01/10/08 à 14h06
Les pays occidentaux font volontiers ami-ami avec les régimes dits "communistes", comme la Chine. Mais seulement quand ces régimes mènent une politique clairement capitaliste !
Le monde ne présente plus les mêmes cliavges que sous la guerre froide. Ceux qui portent costumes et fument cigares ne sont plus forcément les capitalistes, mais les tenants du PS (ici). Ceux qui exaltent le changement ne sont plus seulement les révolutionnaires mais les partisans des réformes ultralibérales.

Sarkozy, un étatiste ? Pour avoir la concentration des pouvoirs, il est plutôt pour l'interventionnisme maximum du président de la république. Il ne s'agit pas d'être "étatiste", mais "gouvernementiste" : c'est le gouvernement qui intervient dans tous les domaines, consommation, vie privée, politique des entreprises, culture, loisirs, qualité et conditions de travail, Mais étatiste, non : tu peux dire au contraire que le gouvernement a pour rôle accru de servir les intérêt des grands patrons, des actionnaires, bref, du domaine privé. Mais pas les missions de service public : il est là pour vider l'Etat de sa substance.
 01/10/08 à 08h14
Lire le Canard Enchaîné : chaque semaine ou presque depuis la création du journal en 1914, une intervention de ce genre y est dénoncée.
Quant à la mutualisation des pertes et la privatisation des profits, je le daterais pour ma part à la préhistoire....
on va peut-être enfin cesser de confondre "libéral" et "de droite" et de croire que tous les problèmes de la planète viennent du libéralisme... lequel, d'ailleurs, n'existe pas plus dans la réalité que le communisme, et n'est qu'un délire idéologique qui cède le pas dès que le porte-monnaie est touché



 30/09/08 à 22h43
labourguignonne
ta façon de voir à l'envers la tend étonnament plus claire....
arrête garçon tu pourrais nous faire croire qu'on....a quéqu'chose entre les oreilles!!!
(nan j'déconne...n'empêche qu'il agace,le grand...)
 30/09/08 à 22h37
Le début de ton Com trés intéressant et fait trés historique par la factualité des dates.
700 milliard de $us, une goute pour eux qui sera lavée par la future, fluctuation du Dollars http://www.industrie.gouv.fr/energie/petrole/textes/se_dollar2.htm
les états unis investisses se modernise avec le dollar fort et produit et vende avec le Faible $. C'est systéme des marées...l'économie est parfois pleine de poésie. "la marée économique"
 30/09/08 à 21h32
au sein d'un cadre etatique
institutions fonctionneraient comme une entreprise privée qui doit par tous les moyens faire du fric. Il est étatiste dans la mesure où c'est lui, en tant que président de la République, qui contrôlerait tout ça.
Quant aux USA, avant Bush et son plan, il y a eu Roosevelt, et son plan de grands travaux, avec un certain contrôle de l'Etat, pour effacer les conséquences de la crise de 29.
 30/09/08 à 20h49
je reviendrai...après le flim de c'soir