Années 90. Une fac de lettres quelque part en france. Je viens d'obtenir mon Deug à l'arrachée.
Hauts les coeurs on attaque la licence, au programme des réjouissances: linguistique, Ancien Français, le Rire au théâtre, la rhétorique du XVIème. Ouais que du lourd...
En petit en bas de page "Monsieur L, littérature du XIX et XXème siècles" Ah quand même.
Le vendredi Monsieur L se pointe, un fou-rire parcourt l'amphi, c'est vrai le costume violet, et la cravate vert pomme c'est malheureux comme alliance, mais moi il me fait pas rire, il m'intrigue ce type tout en nerfs et en veines...
Et puis il se met à parler, et dans l'amphi le silence se fait. Merde, il cause comme un prince...
Au programme: Lorenzaccio (youpiiiiii!), Les filles du Feu (re youpiiiii!) les Misérables (soit...) et Voyage au bout de la nuit. Bon là ne m'accablez pas, c'est assez dur de l'avouer je pense juste BEURK.
Ben oui ma grande rebellion de l'époque c'est de refuser de lire Céline-le-facho.
Des fois à 20 ans on est con. Parfois ça s'arrange. Grâce à des Monsieur L.
On étudie donc Musset, Nerval, Hugo; les amphis notoirement vides pendant la semaine se remplissent le vendredi, le bouche à oreille fonctionne plein pot.
Les potes d'autres sections s'incrustent, sur les marches de l'amphi, ben oui y'a plus de places assises.
Tous les vendredis donc Monsieur L pose ses tripes sur la table, s'enthousiasme, se consume pour les livres, c'est beau à regarder. Avec lui les textes ne sont plus disséqués autopsiés, nan, y'a du relief. Monsieur L ou la littérature en 3D.
Mars: on attaque Céline, il voit bien notre prof qu'il y a des résistances à abattre avant de nous offrir le "Voyage", il va au charbon.
Il se lance.
1ère claque d'une longue lignée, je sors du cours ko, le coeur qui cogne et je fonce à la librairie pour l'acheter ce foutu bouquin. Heure après heure Céline me boxe, et m'assassine. J'en veux encore.
Finalement je l'ai eue ma licence, Céline est toujours sur ma table de nuit, les jours d'orage sa colère me soigne.
Parfois je repense à Monsieur L parti vers d'autres horizons, une fac plus prestigieuse, et j'ai immédiatement en tête cette petite phrase tirée des Misérables qui me vient "il y a des instincts pour toutes les rencontres de la vie, l'enfant n'eut pas peur" (Cosette dans le noir de la forêt, voit soudain apparaître Jean Valjean...) Le rapport ? Je suis heureuse d'avoir compris à la seconde où j'ai aperçu Monsieur L dans son costard improbable, qu'il allait changer ma vie.
Hauts les coeurs on attaque la licence, au programme des réjouissances: linguistique, Ancien Français, le Rire au théâtre, la rhétorique du XVIème. Ouais que du lourd...
En petit en bas de page "Monsieur L, littérature du XIX et XXème siècles" Ah quand même.
Le vendredi Monsieur L se pointe, un fou-rire parcourt l'amphi, c'est vrai le costume violet, et la cravate vert pomme c'est malheureux comme alliance, mais moi il me fait pas rire, il m'intrigue ce type tout en nerfs et en veines...
Et puis il se met à parler, et dans l'amphi le silence se fait. Merde, il cause comme un prince...
Au programme: Lorenzaccio (youpiiiiii!), Les filles du Feu (re youpiiiii!) les Misérables (soit...) et Voyage au bout de la nuit. Bon là ne m'accablez pas, c'est assez dur de l'avouer je pense juste BEURK.
Ben oui ma grande rebellion de l'époque c'est de refuser de lire Céline-le-facho.
Des fois à 20 ans on est con. Parfois ça s'arrange. Grâce à des Monsieur L.
On étudie donc Musset, Nerval, Hugo; les amphis notoirement vides pendant la semaine se remplissent le vendredi, le bouche à oreille fonctionne plein pot.
Les potes d'autres sections s'incrustent, sur les marches de l'amphi, ben oui y'a plus de places assises.
Tous les vendredis donc Monsieur L pose ses tripes sur la table, s'enthousiasme, se consume pour les livres, c'est beau à regarder. Avec lui les textes ne sont plus disséqués autopsiés, nan, y'a du relief. Monsieur L ou la littérature en 3D.
Mars: on attaque Céline, il voit bien notre prof qu'il y a des résistances à abattre avant de nous offrir le "Voyage", il va au charbon.
Il se lance.
1ère claque d'une longue lignée, je sors du cours ko, le coeur qui cogne et je fonce à la librairie pour l'acheter ce foutu bouquin. Heure après heure Céline me boxe, et m'assassine. J'en veux encore.
Finalement je l'ai eue ma licence, Céline est toujours sur ma table de nuit, les jours d'orage sa colère me soigne.
Parfois je repense à Monsieur L parti vers d'autres horizons, une fac plus prestigieuse, et j'ai immédiatement en tête cette petite phrase tirée des Misérables qui me vient "il y a des instincts pour toutes les rencontres de la vie, l'enfant n'eut pas peur" (Cosette dans le noir de la forêt, voit soudain apparaître Jean Valjean...) Le rapport ? Je suis heureuse d'avoir compris à la seconde où j'ai aperçu Monsieur L dans son costard improbable, qu'il allait changer ma vie.
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tout le contraire de Ferdinand 
non mon Monsieur L n'est pas le tien, il n'est pas à la retraite,dieu merci, il continue à illuminer la vie de ses étudiants. Mais, bien sûr merci à tous les Messieurs L... et puis pendant que j'y suis aux autres dont j'ai pas parlé et qui m'ont donné la passion des livres.
Fac de lettres, années 2000, quelques années après je marche dans les traces de quelques illustres ancêtres, dans une prestigieuse fac parisienne, qui en a vu défiler des sartre et autres simone.
Un après-midi, je me promenais sur les quais avec un ami, que j'avais déjà convaincu d'aller voir un sade monté au théâtre pour le convaincre que même si un auteur est monstrueux, il faut s'y intéresser...Et là chez un bouquiniste, je tombe sur une édition illustrée par Tardi du Voyage au bout de la nuit, regard illuminé, je l'achète, malgré mes maigres moyens d'étudiante, sous le regard dégoûté de mon ami qui me dit, "non mais tu ne vas tout de même pas lire ça"...je lui dis, ça doit être la 5e fois que je le lis! Et là horreur de mon ami qui est militant de gauche, engagé pour l'égalité et la fraternité, je lui ai seulement dit, "lis le tu verras bien", on ne doit jamais juger les oeuvres d'un auteur d'après ses opinions politiques...
Je salue ici tous les croisés de la terre qui défendent ces textes si controversés, mais tellement beaux...
Et pour en venir à monsieur L., j'ai moi aussi connu un monsieur L., professeur de littérature du 20e, Avec la chemise qui sort du pantalon et l'air un peu dans les nuages, bref le tournesol de la littérature, mais dès qu'il parle, c'est un vrai bonheur, peut-être avons nous eu la chance de rencontrer le même, qui est parti à la retraite l'année dernière, mais qui a dirigé des générations d'étudiants, avec patience et qui leur raconte des anecdotes sur les auteurs...
Merci aux monsieurs L. qui nous font aimer et voir ce qu'on aurait pas forcément lu.
Un après-midi, je me promenais sur les quais avec un ami, que j'avais déjà convaincu d'aller voir un sade monté au théâtre pour le convaincre que même si un auteur est monstrueux, il faut s'y intéresser...Et là chez un bouquiniste, je tombe sur une édition illustrée par Tardi du Voyage au bout de la nuit, regard illuminé, je l'achète, malgré mes maigres moyens d'étudiante, sous le regard dégoûté de mon ami qui me dit, "non mais tu ne vas tout de même pas lire ça"...je lui dis, ça doit être la 5e fois que je le lis! Et là horreur de mon ami qui est militant de gauche, engagé pour l'égalité et la fraternité, je lui ai seulement dit, "lis le tu verras bien", on ne doit jamais juger les oeuvres d'un auteur d'après ses opinions politiques...
Je salue ici tous les croisés de la terre qui défendent ces textes si controversés, mais tellement beaux...
Et pour en venir à monsieur L., j'ai moi aussi connu un monsieur L., professeur de littérature du 20e, Avec la chemise qui sort du pantalon et l'air un peu dans les nuages, bref le tournesol de la littérature, mais dès qu'il parle, c'est un vrai bonheur, peut-être avons nous eu la chance de rencontrer le même, qui est parti à la retraite l'année dernière, mais qui a dirigé des générations d'étudiants, avec patience et qui leur raconte des anecdotes sur les auteurs...
Merci aux monsieurs L. qui nous font aimer et voir ce qu'on aurait pas forcément lu.
Si tous les profs du monde savaient parler aussi bien que toi du vrai choc littéraire...
A 40 ans et des poussières, je n'ai toujours pas réussi à lire ce voyage, impossible de me défaire d'un sentiment de dégoût intense vis-à-vis de l'homme qu'a été Céline, tout comme, à cause d'un même sentiment de dégoût, je n'ai pas non plus réussi à ouvrir un seul livre de Paul Claudel qui à mon sens s'est conduit d'une manière abominable avec sa soeur Camille.
Et là grâce à ton commentaire, je me suis dit que c'était trop idiot de se priver plus longtemps d'un livre qui génère autant d'émotions alors je vais tenter...merci Douve
Et là grâce à ton commentaire, je me suis dit que c'était trop idiot de se priver plus longtemps d'un livre qui génère autant d'émotions alors je vais tenter...merci Douve
Merci à vous tous pour vos réactions, j'avoue j'ai "posté" et fui de peur de vous lire, j'y tiens à ces deux hommes là, je voulais pas les avoir maltraités...
Me voilà rassurée...
Me voilà rassurée...
Parfois même, on a la chance d'en avoir plusieurs...
Merci pour ce joli hommâge aux gens qui, sans toujours le savoir, peuvent changer une vie.
Merci pour ce joli hommâge aux gens qui, sans toujours le savoir, peuvent changer une vie.
c'est vrai que quand on ouvre le voyage on oublie sa rancune..
moi c'est une madame T. qui m'a donné les clés, qui n'avait qu'un seul sweat faut croire, élisabeth de seneville rose fuschia à rayures électriques et des chaussures qu'elles devaient porter depuis les années 70
* la vie c'est ça , un bout de lumière qui finit dans la nuit *
voilà un commentaire que je n'aurai pas du tout mais alors pas du tout aimé rater !
)
moi c'est une madame T. qui m'a donné les clés, qui n'avait qu'un seul sweat faut croire, élisabeth de seneville rose fuschia à rayures électriques et des chaussures qu'elles devaient porter depuis les années 70
* la vie c'est ça , un bout de lumière qui finit dans la nuit *
voilà un commentaire que je n'aurai pas du tout mais alors pas du tout aimé rater !
)5
Je l'ai fais à ta place 
Parce que j'aimerais en rencontrer un, un prof comme ça, quand j'y serais, à la fac...
Et que ce bouquin figure dans la liste de tout ceux conservés patiemment sur mon bureau, attendant que j'ai terminé Burroughs et autres Sartre..

Parce que j'aimerais en rencontrer un, un prof comme ça, quand j'y serais, à la fac...
Et que ce bouquin figure dans la liste de tout ceux conservés patiemment sur mon bureau, attendant que j'ai terminé Burroughs et autres Sartre..


Je réagis à ce commentaire en
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douve
publié le 25 février 06