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Cu chi
 Cu chi
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catégorie : création littéraire
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- Non Kill, non pas encore, parle moi d’eux, je veux comprendre, je veux savoir qui tu fréquente pour savoir qui tu est.

- Bon, si tu veux. Le petit brun trapu là bas assis à côté du grand avec le bonnet de laine c’est Nando, j’ai passé quatre ans avec lui et les rats de Cu Chi, quatre ans à jouer à se faire peur et à craindre les lueurs mortes.
- Raconte moi, c’est quoi Cu Chi, et ces lueurs mortes aussi, c’est quoi ?

- Cu Chi……………
Sa voix s’étrangla et j’en fus toute bouleversée.
- Pardon Kill, laisse tomber, parlons pas de ça.

- Cu Chi était une ville souterraine creusée par le Viet Cong au nord de Saigon, des centaines de kms de galerie creusés sous terre avec des dortoirs, des infirmeries, des cuisines, des dépôts de munitions, des réfectoires et des sorties soigneusement camouflés pour sortir la nuit et égorger nos sentinelles ou attaquer au mortier de 120 mm nos cantonnements.
Il nous a fallu des années pour comprendre. L’armée de terre a mis sur pied une compagnie pour aller les débusquer, on les a tout de suite appelé les rats de Cu Chi, les pertes étaient terribles et il y avait très peu de volontaires, j’étais à Hué où je m’emmerdais j’ai voulu essayer.

A l’état major de Saigon le capitaine à dit « T’est trop grand toi, on prend que les gars qui passent sous la barre de cinq pieds et quatre pouces »
Nando qui passait par là a dit « Non non faut le prendre, il passera devant comme ça avec son gabarit nous derrière on aura une chance de s’en sortir quand le Viet lâchera une salve ».
Alors le capitaine il a dit « C’est bon, on te prend » et c’est comme ça que j’ai connu Nando, je suis allé le remercier pour son aide, il m’a dit « J’espère que tu perdras pas ton sens de l’humour dans les tunnels parce qu’il en faut beaucoup sous terre de l’humour ».

J’ai tenu quatre ans, quatre ans à se battre dans le noir, à inventer toute sorte de stratagèmes pour donner un coup de Maglite sans se faire couper en deux par une rafale de Kalachnikov, à essayer de développer son odorat pour savoir si l’homme que tu entends respirer tout prés de toi est jaune ou blanc………….
Je dérapais lentement et sûrement.

Il s’appelait Franckie, 22 ans, un fils de fermier du Minnesota, un petit dur avec des mains de bûcheron qui riait de tout et avait peur de rien, on faisait souvent équipe tout les deux et puis un jour on est tombé sur un essaim de Viet et de balles de 7.62 qui sifflaient de partout, j’ai entendu deux bruits mats et Franck a dit « Merde, j’en ai pris deux dans le buffet » il a dit ça sur un ton très calme et je croyais qu’il rigolait, pas un gémissement pas une plainte, rien que le sifflement de l’air qui s’échappais de ses blessures, je me suis rapproché je l’ai touché et j’ai compris qu’il avait deux balles dans le thorax.
P
endant l’approche j’avais repéré un renfoncement et je l’y ai traîné, une fois à l’abri son cœur ne battait plus, ça continuait à tirailler de plus belle tout autour, au bruit j’en ai déduit qu’on se battait à quatre contre vingt et qu’il était temps de dégager, j’ai soufflé à l’oreille de Franck « Je reviens te chercher » et j’ai décroché en prenant soin de me rappeler le chemin pour pouvoir revenir le chercher.

J’ai mis plus d’une heure à trouver la sortie et j’étais le premier à ressortir, on a attendu deux heures à côté du trou et on commençait à se dire que les quatre autres présumés vivants ne ressortiraient jamais.

- Et puis on a entendu un juron bien senti, c’était Alan un petit gars en acier de Pittsburg, il s’est sorti du trou tout seul couvert de sang, il avait une balle dans le pied, une autre dans l’oreille qui était à moitié arrachée, pendant qu’on s’occupait de lui le sergent lui a dit en montrant son oreille
« La vache j’aurai jamais cru qu’on pouvait saigner autant d’une blessure à l’oreille ! »
« Tu parles d’une blessure, je me suis frotté avec un Viet cannibale, c’est lui qui m’a mordu, comme il voulait pas lâcher je lui ai planté ma baïonnette dans la gorge, c’est lui qui m’a repeint de cette couleur ! ».

Le sergent voulait faire sauter la galerie et je lui ai expliqué que j’avais promis à Franck d’aller le rechercher, il m’a dit qu’il voulait pas que je refoute les pieds dans cette souricière et qu’il allait tout faire sauter, alors j’ai dit « C’est mon ami, je veux pas que sa lueurs reste à errer là dessous ».
Il a dit OK. Trois jours d’affilé j’y suis retourné tout seul, trois fois je me suis trompé de chemin, la quatrième fois je l’ai trouvé, il puait et il était au trois quarts dévoré par les rats, pas transportable ou alors il aurait fallu une brouette ou bien des seaux.
Mais je voulais pas le laisser là, je lui ai coupé la tête et je l’ai fourré dans mon sac à dos. Une fois dehors j’ai demandé au sergent quoi faire de sa tête, il m’a dit « Fais en ce que tu veux, je l’ai coché sur la liste des disparus ».
Je l’ai gardé trois jours, je dormais avec elle…………. Ca puait la charogne dans la piaule, les potes râlaient et commençaient à me regarder d’un drôle d’air.

C’est Samuel un juif de Chicago que j’aimais bien qui m’a demandé si j’avais vu sa lueur, je lui ai répondu que non « Alors c’est qu’elle est restée en bas » il a dit.
J’ai pas pu supporté d’entendre ça, j’ai sorti mon 11,43, j’ai fait monter une balle dans le canon et je lui ai sauté dessus et fourré le canon dans la bouche en lui tirant la tête en arrière, « Sam, tu as une seconde pour demander pardon à Franck, une seule sans ça je te tue là, maintenant ! »
Il a bredouillé « Pardon Kill, pardon, je demande pardon à Franck…………. »
J’ai laissé tomber mon arme et me suis effondré dans ses bras pendant qu’il crachait les deux dents que je venais de lui casser. J’ai enterré sa tête sur une plage au bord du Mékong en me disant qu’il allait aimer cet endroit.

Peu de temps après le toubib il a dit « Graves troubles du comportement, tu arrêtes »
Sitôt endormi je me mettais à pousser des hurlements, je pouvais pas m’endormir sans mon poignard de commando serré dans une main et mon 11,43 dans l’autre, j’étais devenu complètement fou………………
Je regardais Kill et j’en revenais pas de toute cette douleur, de toute cette terreur, je comprenais mieux toute sa bienveillance, son humanité.
- Et les lueurs mortes ?
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Voici les 10 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
hors norme...
 07/09/08 à 20h00
je veux bien me faire chapelière
Vous avez déjà essayé de jouer du tuba en courant ?

http://fr.youtube.com/watch?v=1CYOeLEwT0U
 07/09/08 à 17h58
toujours là
 07/09/08 à 13h51
 07/09/08 à 12h36
 07/09/08 à 12h26
 07/09/08 à 12h23
 07/09/08 à 12h21
rien à ajouter, j'y suis toujours...