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L'insolente (texte complet)
 L'insolente (texte complet)
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catégorie : texte érotique
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L’insolente
Par une de ces nuits lourdes, où le moindre drap vous colle à la peau, elle lui était venue en rêve. Elle ne ressemblait à aucune des femmes jeunes ou moins jeunes qu’il avait eues ou connues. Mais, depuis cette nuit voluptueuse, il ne pensait plus qu’à elle. Alors, nuit après nuit il avait attendu qu’un nouveau rêve la lui ramène avec tant de fièvre qu’il avait fini par ne plus trouver le sommeil.
Elle avait, semble-t-il, attendu qu’épuisé il s’endorme sur la chaise de son atelier près de la fenêtre qui donne sur le port. Le sommeil lui était venu, tout doucement, mêlé d’odeurs chaudes, dans le cri lointain des mouettes.
Elle se tenait debout face à la mer, sur la falaise de la pointe des Guettes. Lorsqu’il entra dans le rêve, elle se retourna comme si elle l’eut entendu fermer les paupières. Le vent soulevait ses longs cheveux châtains et faisait danser une mèche, plus légère que les autres, toujours la même ronde.
Elle prit, dans ses petites mains fines, ses larges mains épaisses que le travail avait domestiquées. Il lui sembla abandonner ses mains dans deux coupes de lait tiède. Il prit sans le vouloir une longue et profonde inspiration, s’abandonnant sans la moindre résistance à cette volupté.
Alors, elle éleva doucement ses mains jusqu’en haut de sa tête où elle les déposa. Ses mains semblant si frêles, forçaient les siennes à fouiller sa chevelure, pressaient maintenant ses tempes si fort qu’il redoutait de lui faire mal. De ses pouces il détailla comme d’une rosace, les volutes de ses oreilles enfouies dans l’épaisseur des cheveux dont il effleurait la naissance sur la nuque fragile.
Puis elle guida ses mains jusqu’à sa bouche. Il enserrait ce visage envoûtant, le parcourant du bout des doigts. La texture de ses lèvres, le relief de ses narines, les pommettes si douces, la frange des cils, le bombé délicat des yeux, les sourcils longs et fins. Il découvrait ce visage comme la carte en relief d’une « Terra Incognita » paradisiaque et vierge suppliant qu’on la découvre afin qu’elle se révèle dans toute sa beauté sauvage.
Il se laissait guider, esquissant ce visage qui touchait presque le sien dont il respirait l’haleine.
De sa bouche sortait un air chaud qui produisait un souffle semblable au bruit des vagues qui léchaient doucement la falaise en contrebas. Il reteint le baiser qui brûlait ses lèvres de peur de faire disparaître le charme. Il respirait à peine.
Elle remit ses mains en mouvement et les fit descendre sur son cou, ses épaules. Il sentit ses mains légères comme s’envoler et ses bras s’ouvrir comme le font les ailes des grands cormorans lorsqu’ils sèchent leur plumage au soleil et au vent. Tout son buste s’offrait à lui.
Le petit creux au bas de sa gorge était si peu profond que l’ombre y pénétrait à peine. Sa poitrine était tendue, dure et si douce qu’il n’en pouvait plus de la lisser, de parcourir ses seins en les soupesant, comme pour les apprendre par cœur. Il ressentait la désespérance d’imprimer leur volume dans ses mains car il était conscient que tout cela se déroulait dans un rêve. Les bouts de ses seins étaient durs, il le devinait mais jamais il n’avait pleuré en découvrant les seins d’une femme. C’était si différent cette fois. Il avait entre les mains, entre le pouce et l’index, la pointe de seins impossibles, miraculeux, fantastiques. Il retira ses mains pour s’essuyer les yeux ; il pleurait, chaviré comme un enfant, sans retenue, sans véritable chagrin, sans force ; il n’était plus rien.
Lorsqu’il rouvrit les yeux lavés de larmes, elle avait sur les lèvres un drôle de petit sourire mutin, comme la moue d’une petite fille fière et coquine. Elle avait gardé les bras ouverts, les mains tournées vers l’arrière comme si elle portait quelque chose sur le dos. Elle frotta doucement sa joue contre la sienne, se retourna lentement puis s’élança de la falaise vers la mer. Ses cheveux, comme des rubans, volèrent dans son dos et elle plongea dans l’eau calme sans un bruit.
Lorsqu’il se réveilla, tout aussi doucement qu’il s’était endormi, sa bouche avait un goût de sel. Il regarda ses mains, eut envie de les embrasser pour retrouver en elles le corps envoûtant qu’elles avaient modelé et dont elles avaient gardé la chaleur.
Les jours suivants, il travailla sans prendre le temps de se nourrir. La fièvre le tenait et personne n’osait le déranger tant il semblait pris d’une folie furieuse. On l’entendait gémir, crier parfois.
Il avait choisi un bois plusieurs fois centenaire, à la fibre serrée, concentrée, qui serait difficile à travailler mais dont le lissé serait parfait.
Il refit de ses mains expertes et rageuses, dont la mémoire était précise, la houle des cheveux dans le vent, les épaules fines, le buste parfait, tendu, pointé, presque en mouvement, le cou, le menton légèrement relevé, le visage serein, merveilleux avec les yeux fermés et le sourire, ce sourire mutin, entendu, si insondable.
Il travailla sans compter ni les nuits, ni les jours.
Pour la bénédiction, le jour du départ, il y avait une foule énorme et bavarde sur le port. Chacun voulait voir de ses yeux la scandaleuse figure de proue qui ornait la caravelle partant vers les côtes des Philippines.
Elle avait été baptisée « l’insolente » et portait bien son nom. Pareille attitude, pareil petit sourire narquois, et puis ces yeux fermés, si sûrs d’eux ! Comme si cette insolente avait en elle la connaissance, l’absolue maîtrise des océans ! On aurait pu tout aussi bien la nommer « l’arrogante », la « prétentieuse » mais quelque chose en elle dégageait tant de tendresse et tranquillité, elle était si désarmante.
Les uns s’offusquaient de tant d’indécence, les autres admiraient son air impertinent. Mais tous admiraient ce buste parfait qui faisait corps avec le bateau, lui donnait cette allure fringante, gaie, cet air impatient.
Une sorte de frénésie régnait partout sur le port. Lorsqu’on largua les lourdes amarres qui retenaient l’insolente et qu’on eut hissé haut ses larges voiles éclatantes comme les ailes d’un oiseau qui s’envole, la foule tout à l’heure si bruyante fit silence. Après les adieux chacun rangea le mouchoir qu’il avait agité, chacun resta comme hébété.
L’insolente emmenait dans ses flancs 75 marins, elle les guidait les yeux fermés vers des terres inexploitées, sauvages, brûlantes.
Elle traversait les mers du globe, essuyait d’abominables tempêtes, craquait sous les soleils les plus cuisants, se languissait sans le vent pour pousser sa lourde coque. Puis un nouvel « Eole », inconnu, redonnait vie aux cordages et aux voiles et elle repartait, reposée, avide d’aventures.
Elle ferait sans doute escale en Angola ou au Mozambique, et un peuple d’hommes noirs accourraient vers elle comme vers une déesse sortie de l’eau pour lui offrir des corbeilles débordantes de fruits, des tissus précieux et colorés, brodés d’or, des bracelets d’ivoire. Ils se prosterneraient devant elle. En étaient-ils jaloux ?
Reprenant sa route toujours plus loin vers l’est elle découvrait des peuples étranges, à la peau de cannelle. Elle rapporterait plus tard dans ses cales repues, des pierres précieuses et des épices, des perles et de la porcelaine…
Lui était resté à terre, à tout jamais différent. On le voyait souvent venir à la pointe des Guettes, scrutant l’horizon au plus loin qu’il le pouvait, aussi longtemps que ses pauvres yeux supportaient le soleil, dans l’espoir de revoir au loin la silhouette de l’insolente dont l’absence trop longue rongeait chaque jour un peu plus sa raison. Parfois il fermait les yeux, ses mains dessinaient dans le vide un visage, des seins. Des larmes coulaient sur ses joues. Puis un jour il ne revint pas. On dit qu’il avait été happé par une vague immense, de celles qu’on nomme « scélérates » qui surgissent d’on ne sait où et vous emportent un navire comme un rien ; alors un homme…
Les années passèrent mais jamais plus on ne revit l’insolente, ni ses soixante quinze marins. La mer avait gardé pour elle leurs rêves de conquêtes, leur force et leur jeunesse.
Posée sur l’étagère de l’atelier du charpentier sculpteur, on retrouva plus tard l’esquisse roulée, tenue par un ruban. Le buste d’une femme qui semblait se livrer tout entier aux caresses d’un amant, nue, les yeux fermés avec une moue mutine d’une indescriptible et étrange beauté. Un peintre, savant, venu d’Italie, pratiquant aussi la médecine disait-on, racheta pour quelques pièces l’esquisse de l’insolente. Le bruit courrait ici que, si on la regardait trop longtemps, son sourire prenait votre âme et vous hantait à tout jamais.
Certains affirment qu’il s’en inspira pour un célèbre tableau qu’il fit de Mona Lisa dite « La Joconde »… Je ne sais pas….
réactions : 50
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votes : 14
Voici les 50 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
inventer.

 08/07/08 à 13h50
j'préfère les 20 chevaux, finalement.
merci lethidee
 07/07/08 à 22h15
merci handy capt
 07/07/08 à 22h00
Handy Capt
Arrête ta nef, afin d'écouter notre voix. Aucun homme n'a dépassé notre île sur sa nef noire sans écouter notre douce voix ; puis, il s'éloigne, plein de joie, et sachant de nombreuses choses. Nous savons, en effet, tout ce que les Akhaiens et les Troiens ont subi devant la grande Troiè par la volonté des Dieux, et nous savons aussi tout ce qui arrive sur la terre nourricière.
 07/07/08 à 17h48
La glace a été rompue !
Quand ...
Vous trouvez, vous !
Oui, je veux bien rompre la glace avec une hache mais je ne veux pas que ça saigne, surtout !!!!
alors voilà ...

j'aimerai bien continuer à vous lire.
 07/07/08 à 12h23
je ne me lasse pas d'aimer votre insolence !
 07/07/08 à 12h18
de nous en faire profiter ici...
 07/07/08 à 11h26
kinzdelaroz

*****
Je trouve néanmoins incroyable que des membres qui s'expriment (certes de manière virulente parfois mais qui tente la communication) soient censurés et que vous, pseudo qui êtes si vulgaire, agressif et désobligeant ne soyez pas rappeler à l'ordre, voire censuré de la même façon mais pour de bonnes raisons.



sur ce AndyP. je ne stagnerai pas plus, je laisse la place à vos lecteurs, ils ont de toute façon un comité d'accueil fort sympathique.
 07/07/08 à 00h32
kinzdelaroz
une vulgarité intellectuelle due à l'inculture.
Je vous trouve en revanche sacrément agressif, et au nom de quoi s'il-vous-plaît ?
 07/07/08 à 00h07
kinzdelaroz
et il paraît que c'est moi qui suis vulgaire (mp) ?

HA-HA-HA !
 06/07/08 à 23h40
"je me suis fait censuré sur l'autre site en 3mn aux heures d'ouverture des bureaux "

vala c'est mieux y'a plus de coquilles.
faut que je pense à m'acheter des doigts, pcc ou pas...
Je pense (j'essaye toujours) que sur pointscommuns la liberté de discussion est plus grande. j'appelle ça un débordement. Mais crois moi, je me sis faite censuée sur l'autre site en 3mn aux heues d'ouverture des bureaux et tout ça sans pour autant être insultant.

Alors je garde espoir que pointscommuns reviendra au dialogue.
et sur la qualité du site: tant pis (pour qui?)
 06/07/08 à 23h14
Effectivement, j'ai lu avec effarement des attaques personnelles, des allusions à la vie privée des uns et des autres sous certains coms. Apparemment ça n'a pas alerté les modérateurs.
qui insultent les uns et les autres. Leurs intérêts sont ailleurs.
pendant que les administrateurs sont occupés à censurer réactions, bloquer les pseudos ne répondant pas à leurs critères (auto-défense), ils ne valident pas les photos n'étant pourtant pas polémiques.
chez pcc .... Etrange non juste insolente là pour le coup oui
biz simone simone
 06/07/08 à 22h29
oui, en effet: ms réactions de ce début de soirée ont disparu. tristesse d'un lieu où tout doit être contrôlé.
 06/07/08 à 21h59
me parle aussi de la difficulté de mémoriser les moments présents, pour les faire vivre longtemps encore, cette 'mémoire soluble dans l'eau', et la facilité qu'ont les rêves de s'imprimer durablement dans notre mémoire comme dans la chair...
c'est très émouvant...
tiens, le Tour de France est passé par chez toi, aujourd'hui.
 06/07/08 à 21h47
Handy Capt
vous ne savez pas, écrivez-vous

vous savez dire "je t'aime, je vous aime" à tous les temps...
 06/07/08 à 21h09
Handy Capt
merci pour ce merveilleux voyage...
 06/07/08 à 20h03

Maintenant, à chaque fois que je serai sur une falaise, je fouillerai l 'horizon de mes yeux, peut-être que " l 'Insolente" en surgirai.
 06/07/08 à 17h35
 06/07/08 à 15h52
Que dire ??? Magnifique....tout simplement ! Je ne savais pas que tu écrivais !!! Comme quoi : on en apprend tous les jours de la part des gens qu'on apprécie...
j'en suis vraiment épatée...
celui-ci je l'ai dévoré sans respirer
je sens qu'il va me poursuivre tout l'après-midi