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LE DERNIER REPAS
(Quelques considérations autour de « Prison Break »)


« Ensemble contre la peine de mort » s’est donnée pour but l’abolition universelle de la peine capitale. Nous ne reviendrons pas sur l’idée même d’universalité, aujourd’hui tellement galvaudée que cela fait froid dans le dos. Mais force est de constater que, malgré la volonté d’inscrire l’abolition de la peine de mort dans la Constitution, le débat ne fait plus tellement recette en France. Ce qui est d’autant plus frappant que lorsque Mitterrand a, sous la houlette de Badinter, décidé de l’abolition de la peine de mort il y a à peine plus de vingt-cinq ans, la majorité de la population était encore pour. Sans commentaire.

Toujours est-il, il me semble nécessaire de relancer ce débat malgré le consensus qui règne aujourd’hui contre la peine capitale. Pour ce faire, il n’est pas totalement inintéressant d’étudier les arguments des deux parties, et cela en rappelant les considérations les plus courantes sur la question - considérations a priori contradictoires, mais qui donnent malgré tout à réfléchir.
D’une part, ce que l’on entend le plus régulièrement sur la peine de mort est: « la peine de mort, je suis contre bien entendu, mais tout de même pour les meurtriers d’enfants». Et d’autre part: « avec la peine de mort, on risque tout de même d’exécuter un innocent ».
Les arguments contre la peine de mort sont de deux ordres: d’une part, c’est donc la barbarie du châtiment qui est visée, et d’autre part, le risque de tuer un innocent.

A cet égard, la série télévisée « Prison Break » est exemplaire.
Elle illustre fort bien ce risque, puisque même lorsque toutes les preuves de l’innocence sont réunies, le grand complot étato-mercantile type Bildenberg réussit à les effacer, généralement en tuant d’autres personnes. De fait, un premier constat peut être fait : certes, le héros est innocent, mais cela suffit-il à justifier les nombreuses morts qui jalonnent la série (nécessaires pour réussir à faire deux saisons, c’est évident !), tant avant l’évasion qu’après, qu’elles soient commises par les méchants (les comploteurs qui ne pensent qu’à l’argent) ou par les gentils (les évadés)? Parce qu’au fond, il est nécessaire de reconnaître que, lorsque l’on réussit à faire abstraction du ressort dramatique, fort efficace, de cette série, on constate qu’une bonne vingtaine de personnes sont tuées au nom de la justice. Donc, vingt personnes tuées au nom de la justice pour éviter qu’une personne ne soit tuée au nom de la justice, la logique n’est pas évidente. Passons.
Toujours sur le risque de tuer un innocent, force est de constater que ce qui est remis en cause, ce n’est pas tant la peine de mort en elle-même que l’incompétence des systèmes policier et judiciaire. Ce qui pose problème est donc le risque de tuer quelqu’un qui ne le mérite pas. Ce qui implicitement sous-entend qu’il est des gens qui le méritent.

La question qui vient par conséquent immédiatement à l’esprit est donc: la solution était-elle d’abolir la peine de mort, ou bien d’améliorer les systèmes policier et judiciaire?

L’autre argument contre la peine de mort est celui de la barbarie du châtiment. Certes. On en vient même à discuter des méthodes les moins cruelles pour ôter la vie du méchant (parce que s’il est là, c’est bien qu’il est méchant, cela relève de l’évidence !), ce qui n’est pas sans ironie. Mais cet argument pose problème, un problème majeur qu’ont soulevé dix condamnés à perpétuité de la centrale de Clairvaux il y a justement un an. Si vous vous en souvenez bien, ces prisonniers à vie ils ont réclamé le rétablissement effectif de la peine de mort pour eux. Parce que s’il est barbare de tuer quelqu’un, si les Etats ne veulent pas être des meurtriers, il semble à ces détenus absolument inhumain de les maintenir en détention à perpétuité. Et l’argument n’est pas dénué d’intérêt. Quelles sont, en effet, les perspectives pour un détenu condamné à perpétuité? A cet égard, la fameuse série « Prison Break » les illustre, encore une fois, à merveille. Il n’y en a qu’une seule : l’évasion.
Il est inconséquent de réclamer l’abolition de la peine de mort lorsque la société n’est pas prête à courir des risques, et donc tant que l’enfermement à vie existe. Seuls ceux qui n’ont jamais mis un pied en prison peuvent se permettre de le faire. C’est la majorité de la population me direz-vous, et à raison. Ils n’avaient qu’à s’abstenir d’enfreindre la loi me direz-vous encore, et vous aurez encore raison!

La prison a trois justifications: la protection de la société, la rédemption (ou amendement), et la réinsertion.
La peine capitale remplit de manière efficace son office de protection de la société, il n’est rien besoin d’ajouter sur ce point.
La rédemption n’est qu’une idée de morale: ceux qui ont péché doivent se racheter pour obtenir une place au Paradis, à défaut au Purgatoire. L’amendement n’est que sa version laïque. La peine de mort ne satisfait pas à cette condition, encore que. Un court séjour dans le couloir de la mort ne permet-il pas une réflexion plus rapide et incisive sur les crimes que l’on a commis qu’un long séjour dans une prison dans laquelle l’esprit sera bien plus occupé par les tracas de la vie quotidienne que par la faute commise ?
La réinsertion enfin. Il est là aussi évident que la peine de mort ne satisfait pas à cette condition. Mais que dire de la prison alors? On fait grand cas des quelques rares détenus qui ont fait de longues études en prison et qui ont réussi à « s’en sortir ». Et il faut en faire grand cas, parce que sinon, nous n’aurions jamais rien à dire sur les ex-taulards! La réinsertion en prison est en soi une illusion, que dire quand les personnes qui doivent se réinsérer n’ont aucune perspective de sortie? Dans quoi doivent-elles se réinsérer? Dans la société qui les exclut à vie? Cela aussi n’est pas sans ironie...

Il faut donc constater que la prison est un sujet drôle, et que c’est peut-être la seule vraie justification de l’abolition de la peine capitale.
C’est donc pour nous permettre de rire, sans doute, que l’organisation « Ensemble contre la peine de mort » tient des congrès et réclame l’abolition universelle de la peine de mort. Est-ce une bonne justification, après tout rire ne nous fait que du bien...
Mais il ne me paraît pas inutile de rappeler que les condamnés à mort ont au moins droit à un dernier repas de leur choix, repas qui peut même être excellent, tandis que les condamnés à vie mangeront MAL toute leur vie.
Et cela, simplement pour faire rigoler les foules.
réactions : 11
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Voici les 11 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 27/03/07 à 18h06
sissi
Comment juge-t-on si une société est prête ou non? il semble qu'il y ait une majorité de Français qui sont satisfaits que l'abolition ait eu lieu.
 27/03/07 à 10h49
lourdeur stylistique mais com' bien traité, je ne peux pas voter mais sinon ce serait 4
Désolé que le style ait pu constituer un obstacle à la lecture de cette phrase clé du com.
 27/03/07 à 10h12
Le droit est systématique, au moins tel qu'il est pensé dans les sociétés occidentales modernes.
Le droit est vecteur de morale, ce qui implique justement une interaction entre droit et morale. Après, on peut appeler cela évolution des mentalités, mais c'est simplement une question de rhétorique.
 27/03/07 à 09h56
sissi
j'aime bien le droit, mais quand il prend les teintes de la morale, j'aime pas. Et quand il commence à devenir un outil systématique, ça m'inquiète; ça fait beaucoup de victimes, dans tous les sens du terme.
Contre la victimisation, quelle qu'elle soit.
Français, encore un effort.
 27/03/07 à 07h42
sissi
ce qui n'en fait pas une théocratie pour autant.
L'interaction entre le droit et la morale. Ou l'évolution des mentalités. Ne mettons pas de la morale partout. ( ni du droit, d'ailleurs, pitié!)

ce qui est inquiétant, c'est le bourrage à craquer des prisons et la longueur incroyable des procédures, la préventive, etc: va vite revoir ton cours pour m'éclairer à ce sujet...

Hé oui, les Français sont majoritairement opposés à la peine de mort depuis son abolition, et c'est ce qu'on appelle l'interaction entre droit et morale...
Quant à notre chère société laïque, elle a peut-être quelques fondements théistes, non ?
 26/03/07 à 22h54
sissi

hum, pas vite franchi, comme entre une société laïque et une théocratie!

efforçons-nous d'être laïques.

Euh, depuis l'affaire Ranucci, la peine de mort... a été abolie. Au fait, les Français seraient dans leur majorité désormais opposés à la peine de mort (bon, il s'agit des résultats d'un sondage). Va en parler aux Américains.

Quant au style, il est bien trop joli sur la photo pour écrire aussi vilainement.
 26/03/07 à 22h46
Style peut-être trop journalistique, certes.
Mais pour l'amalgame entre le système US et le système français, je ne vois pas (cf. Ranucci).
Des maigres connaissances de droit pénal et de droit pénitentiaire que j'ai, une des fonctions de la peine est pourtant bien l'amendement. Et entre l'amendement et la rédemption, il n'y a qu'un pas, vite franchi.
 26/03/07 à 22h33
sissi
moi, j'adore pas. arrête d'employer "force est de constater", même en toute ironie.
Comm trop long et verbeux (méthode d'hypnose?)
Amalgame système US, système français.
Rédemption? Tu pousses un peu loin le bouchon, non? (ce qui ne m'étonne pas...).

Je ne pense pas que Badinter ait envisagé les choses comme ça.

J'aime mieux quand tu écris des comms sur ta condamnation à vie. Bises.