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L'extase de l'autre...
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catégorie : création littéraire
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Toi, personne n’aurait pu te posséder. Ni moi, ni aucun diable, aucun homme. Une seule chose t’intéressait, caresser ton Etre à un autre pour en être grandie, enrichie, « pleine ». Un jour, tu étais encore une petite fille, un de tes frères avait passé son doigt humide sur le tour d’un verre en cristal, un jour de fête. En le faisant résonner il voulait t’épater, te faire croire à un tour de magie. L’onde céleste qui s’en était envolée t’avait emportée avec elle. Elle avait provoqué en toi un vrai chavirement et vingt ans plus tard c’était toujours cette dimension des sens « emportés » que tu cherchais. Quêter le ravissement du monde dans ce qu’il a de plus léger et d’insaisissable, comme un insecte rare que tu aurais capturé pour quelques instants dans tes mains avant de le rendre à la liberté, voilà quelle était devenue ta seule raison de vivre. Quêter le ravissement du monde dans les rencontres les plus improbables et donc les plus prometteuses…

Liberté ? Le libertinage ne t’intéressait pas. C’est une voie dans laquelle tu t’étais fourvoyée, adolescente. A 16 ans, on croit que l’orgasme est l’extase ultime ; on l’attend, on le cherche, on veut le provoquer et quand cela ne vient pas, on le cherche plus loin encore, et à grand renfort d’expédiants… A vingt ans tu as cru avoir tout connu, tout vécu. Un jour tu n’as plus eu d’espoir. Tu es descendue dans tes enfers…

Bien des années plus tard, était-ce un ange qui avait guidé tes pas, tu t’es retrouvée à flâner seule et triste sur une plage de Méditerranée, un jour sans vent. Tu y as aperçu un couple romantique (c’est par cette expression qu’on les raille) qui marchait au bord de l’eau en se tenant la main, sans fougue apparente. Tu t’es mise à pleurer. Tu as eu l’impression d’être passée à coté de tout ; à coté de toi, à côté de ta vie. Dès ce jour ton regard a changé. Le bleu de tes yeux n’était plus le même : il ne filtrait plus la lumière qui le frappait, il la « recevait » et en inondait toute ton âme. Et quand ton âme en fut pleine, qu’elle déborda, ce bleu du ciel coula jusqu’à ton cœur qui s’ouvrit. Ton cœur, il était comme neuf, n’ayant jamais vraiment servi…

Dès lors tu ne fis plus jamais l’amour par hasard. Je crois d’ailleurs que tu ne fis plus rien : tu ne fut plus dans une démarche, une recherche, une chasse ; c’est l’amour qui vint chaque fois te prendre à ton insu et t’initier à ses subtilités.

Aujourd’hui est un autre jour et il m’a été donné de te croiser. Notre rencontre fut comme l’étage d’une fusée qui s’allume : la poursuite d’un voyage déjà commencé et comme soudain boosté, vers les profondeurs de l’univers et des systèmes solaires toujours plus éclatants… Ce n’était pas l’appétit de sexe que l’on connaît et dont on sort forcément rassasié ; ce n’était pas non plus une romance énervée de deux amants éperdus.

Nous avons si souvent fait se frôler tour à tour nos âmes et nos cœurs... Il est arrivé que nos corps aussi glissent l’un contre l’autre, bien sûr… Mais était-ce une fin en soi ? J’ai senti si souvent ton âme « pénétrer » la mienne et en ressentir un frisson immense… Le frisson c’est quand on a froid, ou peur. Ou bien quand on succombe à une caresse, comme une déferlante. Et quand tu venais câliner mon cœur, le sertir délicatement de tes mains comme un diamant précieux, pénétrant ma poitrine, comme l’aurait fait un chaman, je baignais dans un océan de sensualité, me noyant dans ton amour, coulant à pic dans tes rêves . Tu m’aimais sans poser sur moi aucun titre de propriété, juste tes mains sur mon torse, sur mon visage, sur mon sexe. Juste ces moments là, volés à personne, mais scellés d’aucun pacte non plus. Dans cette liberté-là disais tu, tu trouvais le sens étymologique du mot « libertine ».

Nos deux vies devenues pour un temps entrecroisées. Sensualité de la rencontre entre deux destinées plus que celle de nos caresses. Volupté faite du partage de nos âmes, de nos cœurs, de nos corps enfin… Dire s’il était question de sexe ou de sentiment entre nous n’aurait été d’aucun secours. Cette distinction n’avait pas de sens. Cette césure sans tiret aurait même été blasphématoire
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Voici les 36 dernières réactions à ce commentaire
 Date
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Rédacteur
 23/01/08 à 13h29
Ibizabis

Je voulais vous offrir ceci. Oh, ce n'est rien, juste quelques mots :

"Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d'eux seuls préoccupés, goûtaient l'un à l'autre, soigneux, profonds, perdus. Béate d'être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s'admirant dans les hautes glaces des murs, élégante, émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux le voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le regardait trop, mais toujours de toute son âme approuvées, qui lui murmurait qu'ils étaient amoureux, et elle avait alors un impalpable rire tremblé, voilà, oui, c'était cela, amoureux, et il lui murmurait qu'il se mourait de baiser et bénir les longs cils recourbés, mais non pas ici, plus tard, lorsqu'ils seraient seuls ..."
Albert Cohen, Belle du seigneur.

vous ne votez jamais non plus alors ?
ou pas ?

... ce qui m'interroge c'est comment on peut voter sans commenter... au fil de mes lectures sur pcc, j'ai souvent vu cet étrange comportement
il semblerait que bcp ne comprennent pas la pureté des mots !!!
 07/12/07 à 14h34
transpire au travers de tes écrits. Elle courre à fleur de peau.
Et, tes mots tels une enivrante caresse m'ont étourdie.
 07/12/07 à 11h14
tout ce sucre rose, j'ai eu un doute un instant ( un seul, mais gravé dans la pierre volatile qui fait -hélas- durer le fugace)
 06/12/07 à 23h41
Abelia77
 06/12/07 à 23h30
Magnifique sensualité ! Merci Rougeazur !
Je ne partage que des émotions par ces mots j'espère. Pas de modèle érigé, surtout pas ! Toute ire fut-ce celle d'un commandeur serait inutile, inappropriée...
 06/12/07 à 21h05
bouleversifiée...
 06/12/07 à 20h36
 06/12/07 à 19h29
Tethys
le frisson vient aussi du sentiment, de la voix, de l'énergie de l'autre, et là, à travers cet écran, d'une âme.
 06/12/07 à 14h39
épargner.
 06/12/07 à 14h33

Je me sens en pays connu là (je ne suis pas la seule d’ailleurs )

Ton texte est sublime, d’une belle sensibilité, avec juste ce qu’il faut de féminin... sourire...

“Dire s’il était question de sexe ou de sentiment entre nous n’aurait été d’aucun secours.” Voila. C’était cette phrase que je cherchais à formuler, cette idée. Oui, “ça me parle”.
 06/12/07 à 14h16
 06/12/07 à 14h04
Peut on dire que cette belle rencontre devait avoir une fin pour ne jamais cesser ...?!
...je prends ça non pas comme un compliment (machiste va !), mais comme une caresse très agréable...
sans écho, o o o o o o o o...
Très joli texte, très beau regard.
 06/12/07 à 13h47
ça fait écho...
Mon frère, le verre en cristal.
Et pas que ça !
 06/12/07 à 13h27
camilleclaudel
une autre dimension ...
Ce texte est très beau, d'une sensibilité vibrante...
 06/12/07 à 13h22
et vraibien à toi
"c'est l'amour qui vint te prendre à ton insu et t'initier à ses subtilités". Merci pour ce com, il nous ressemble tant...
 06/12/07 à 13h05
... en ce qu'il s'affranchit des stéréotypes divers et variés sur les rencontres amoureuses. Une belle transmission des émotions attachées à une vraie rencontre ... ce faisant, tu nous parles d'un pays qu'on a forcément visité un jour, et là....
Merci pour ce très beau moment de lecture et aussi de communication interpersonnelle malgré l'anonymat cybernétique !
 06/12/07 à 12h48