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 "la tanière de l'ourse" (extrait)
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catégorie : création littéraire
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"Récit de retrouvailles, de festin d’elle de lui, de lui d’elle, ripaille de douce chair, oubli de tout le reste, partage de douze heures de douceur..."

...Elle l’aperçut tout de suite au milieu des autres, mais elle ne s’en approcha pas pour l’embrasser. Une semaine ou un peu plus s’était écoulée sans qu’elle ne l’ait vu. Ce n’était pas l’envie qui lui manquait d’aller vers lui, mais après tout, ce n’était même pas prévu qu’il soit là ce soir et puis, attendre un peu, languir presque, se réjouir encore un instant contribuait de façon délicieuse à l’émotion qu’elle désirait. Lui aussi l’avait vue, mais ne céda pas plus à un quelconque empressement.

L’exiguïté du lieu ne permit pas à ce jeu de durer très longtemps ; par hasard côte à côte au milieu des invités, c’est un « tiens, salut ? » et une bise anodine qui ponctua cet instant de retrouvailles. Elle savait qu’elle ne devait pas s’attendre à autre chose et ne fût de ce fait pas trop déçue car elle avait aimé son trouble à cet instant ; elle avait aimé imaginer ce moment d’une toute autre manière, les histoires qu’elle se racontait en secret depuis longtemps étaient devenues ses espaces favoris, son royaume de gloire et de bonheur. La soirée laissait une distance certaine entre eux : que pensait-il? Pensait-il seulement ? Elle n’en eût aucun ressentiment car elle n’avait pas oublié que pour lui elle était une « zone non-constructible ».

La soirée allait, danse par-ci, bavardages et rires par là, l’heure du retour et de la séparation s’annonçant de plus en plus précisément. Elle ne souhaitait pas rentrer seule pour de nombreux motifs : brouillards, alcool... c’est donc à lui qu’elle se décidât à demander en premier d’être son escorte. L’idée de passer ne serait-ce que le temps du trajet , juste un peu de temps avec lui était vénérable à son coeur. Acceptera-t-il ? Restera-t-il même ? Là encore c’était une de ces histoires aux mille inconnues qu’elle aimait tant se raconter.

Jour de chance ou d’inconscience : la réponse fut oui. À deux, le nez contre le pare-brise pour retrouver le chemin du bercail, ils s’amusaient, joyeux de cette coopération. Il y eût même au cours du voyage une main de lui, divine, rejoignant la cuisse d’elle puis sa main. Elle s’émerveillait toujours de ces gestes qu’elle se gardait d’imaginer cette fois dans ses histoires, de peur d’être déçue sans doute. Un brouillard sans pitié eût pourtant raison de cette douce initiative car il lui fallut ses deux mains pour nous mieux conduire.

Chez elle, c’est très naturellement qu’il l’accompagnât jusqu’à l’intérieur de la maison. Elle était contente que les choses se fassent aussi simplement car elle n’avait pas envie de demander, de discuter d’eux encore moins, cela avait déjà été fait et elle savait que ce n’était pas à son avantage. Lui donner son cadeau du Canada, voilà l’idée pour ôter toute équivoque à ce moment. Opération anéantie et effet raté, le sweater ne lui allait pas, il était mal taillé et engloutissait littéralement ses épaules de jeune homme. Sourire gêné et ...ouf, il lui restait le tee shirt, elle avait aussi rapporté un tee shirt. C’était un peu moins raté, de toute façon ce n’était pas important pour elle que ce vêtement lui fasse plaisir ou non, ce qui importait c’était le plaisir qu’elle avait eu à penser à lui en l’achetant.

« On dort ensemble ? » avait-il lâché tout à coup, oui avait-elle répondu sans réfléchir comme à chaque fois qu’il avait prononcé ces paroles si douces ou si simples.

Et pourtant réfléchir, il le faudrait bien, une chambre abominablement mal rangée (en fait pas rangée du tout), un état quasi chroniquement hémorragique qu’elle n’avait pas osé lui avouer et puis cette foutue panique d’être nue devant lui. Et c’est tout en réfléchissant que chaque marche disparût sous leurs pas jusqu’au lit, au lit de l’oubli de tout ce qu’elle avait réfléchi.

Dans le reflet de leurs âmes et de la lueur de l’oubli, la raison prit celle du coeur et non de l’esprit. Dans son corps pénétrait la douceur du beau, du fragile. Le plaisir ondulait aux draps en murmures, en soupirs. Elle aimait sa façon de venir sur elle, sa façon d’être un garçon, à cet instant, elle aimait plus que tout être une fille. À cet instant, elle aurait aimé être belle, être un paradis, l’éternité ou une semaine de quatre jeudi. Elle aimait sa manière de bouger en elle, doucement puissant ou puissamment doux, élevant la jouissance à toutes les commissures, à toutes les moiteurs, entrouvrant de sa présence bras, lèvres, cuisses, et de son regard l’unique.

Pour ce qui est de ce que l’on appelle le plaisir chez le garçon (rien ne dit d’ailleurs que ce soit à ce moment qu’il ait le plus de plaisir), elle éprouvait une réelle fascination ; geyser haute pression, explosion, plein, loin, beaucoup, elle trouvait cela incroyable et adorait se sentir mouillée de lui, baptisée jusqu’aux seins et bien au-delà, jusqu’au visage parfois, larmes de son cri.

Enfin le sommeil les engloutis, elle et lui, blottis, quinconce ou chien de fusil, l’air de la pièce gardant le souvenir des caresses, de la chaleur de l’ivresse.

Calme et volupté de peu de durée car un oeil entrouvert, une main frôlant une fesse, une bouche effleurant une épaule, une paume, un genou firent resurgir l’étrange étreinte, attisant un nouvel échange, changeant chaque parcelle en domaine, chaque pierre en château, elle en reine, lui en héros. Royaume d’un lit, tantôt fumerie, tantôt chais d’ivresse, les Amériques, puis goûter au bord de l’aube, une chambre pour quelques heures mieux que tous les endroits du monde.

Elle aimait lui dire ce qu’il ne savait pas de lui, non par gentillesse mais parce que ces mots lui venaient ainsi et qu’elle ne voulait pas les garder pour elle. Il les écoutait, souriait ou plaisantait avec, son air étonné était sa manière de les accepter. C’est vrai qu’il lui plaisait, elle aurait aimé connaître d’autres mots, en inventer même juste pour qu’il puisse la croire. Elle le trouvait beau et cet instant précis ne serait qu’à lui.

Un coup de téléphone à donner, une simple envie de se lever, peu à peu les heures atteignirent leur douzième unité. Debout devant le lit, vêtu il allait partir. Instant détestable pour elle enveloppant tant bien que mal son champ de bataille dans un linge pour ne pas être vue et le voir sourire quand même de cette façon de se cacher.

Pas de mots, pas de promesses, en gage de sincérité la simplicité d’un au revoir ponctué d’un baiser. Partage de temps qui passe, échange de courte vie, cadeau éphémère et sincère de douze heures de douceur...
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Voici les 10 dernières réactions à ce commentaire
 Date
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Rédacteur
 22/05/08 à 00h11
... de vivre sa vie, son désir, la force de la rencontre et son jaillissement intime, ...
Mais qui dit la tristesse ? Il est des instants qui n'ont que cette vie là !
De l'importance que nous donnons aux instants vécus, il reste en effet beaucoup à dire ; vouloir qu'une chose en laquelle on croît puisse durer me paraît logique... l'amour du danger de toute foi.
"Elle" a aimé se taire, "Lui" se laisser faire, chez lequel des deux la page sera-t-elle la plus encrée ?

voltuan : la suite du livre traite de l'in-fusion et d'autres bon-thés
 20/05/08 à 18h00
"Com" joliment enlevé, laissant derrière lui des traces infinies...
une belle histoire comme celle ci à raconter, effectivement , vaut mieux ne pas résister.
Brûlure d’un moment de bonheur éphémère qui nous laisse l’âme rongée par l’attente d’un retour impossible. Et le rêve se transforme en cauchemar. C’est dans la construction, mur après mur, que le vrai bonheur, solide, rassurant, mais jamais ennuyant conduit au vrai bonheur, celui qui ne s’éteint pas comme un feu d’artifice.
On vit la scène avec toi ou avec lui c'est selon.

Et on en reste souffle suspendu, coupé maudissant son départ qui nous prive aussi d'autres moments.
 20/05/08 à 15h00
et pourtant que d'espoirs, de soirées auxquelles on va pour, faussement détachée, ne rien faire qu'attendre ce moment là, jusqu'à celle où il ne demandera pas , jusqu'à celle où il rentrera avec une autre.
Sublime récit d'une histoire trop vécue, qui fait aussi mal à 40 ans qu'à 20, si un des 2 attend plus que 12 heures de plaisir...brrrr