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Albert vincent
 Albert vincent
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catégorie : tranche de vie
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Albert Vincent est né à Paris en 1914, il fut trouvé nourrisson dans une benne à ordure.
Il fut recueilli par les sœurs de St Vincent de Paul le jour de la Saint Albert, son nom fut ainsi tout trouvé.

Engagé dans la marine à 16 ans, il décrochera un titre de champion de France militaire de boxe anglaise en poids moyen et finira maître d’hôtel sur le cuirassé Bretagne coulé par nos amis les anglais dans la rade Mers El Kebir en juillet 1940, un des rares survivants parmi plus de 1000 morts sur 1130 hommes.
Qu’il se batte alors dans une tourelle de 340 mm au lieu de cirer les pompes de son commandant lui ressemblait bien.

Tournant le dos à cette tragédie Albert trouva un engagement pour se retrouver quelques semaines plus tard à Douala à vivre de petits boulots sur le port et dans les hôtels.
Jusqu’au jour où pressé à la fois par la misère et la volonté d’en découdre il signa son engagement face au sergent René Pleven.

Il venait de rejoindre la colonne Leclerc des Forces Françaises Libres comme tous ceux qui vinrent volontairement faire la guerre que les militaires ne voulaient pas faire.

Le 2 mars 1941 il jura dans une oasis de Lybie face au Général Leclerc de ne pas déposer les armes avant d’avoir libéré Strasbourg.

Il fut délié de ce serment le 23 novembre 1944 et s’empressa de remettre sa démission pour s’en aller prendre soin de son ami Alphonse qui avait eu la mauvaise idée de se faire prendre comme résistant et littéralement massacré par la milice de Vichy.
- Je ne pouvais pas me résoudre à participer à l’invasion de l’Allemagne après avoir combattu l’invasion et l’occupation de la France.

C’était un immense bonheur pour l’enfant que j’étais de le voir passer à la maison.
Sa face cabossée et son cou de taureau posé sur un physique d’athlète cachait assez mal une profonde intelligence et une grande liberté d’esprit. Son humour dévastateur comme sa face burinée m’allait droit au cœur.

Cet homme là ne s’est jamais marié si ce n’est avec les voyages, il a intégré la marine marchande et parcouru le vaste monde, une femme dans chaque port et tout les ports dans son cœur. C’est comme cela qu’il me plait de l’imaginer.

Il revenait toujours de nulle part, de Nouvelle Guinée, du Japon, du Canada ou du Venezuela.
Sa complicité et ses disputes avec mon père rejoignaient sans doute la plus haute idée que l’on puisse se faire de l’amitié, écrite avec le grand F de la fraternité.

Je suis ému d’avoir été le petit témoin d’une aussi belle histoire, et je vis comme un honneur d’avoir connu cet homme.
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Voici les 22 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
finalement le "modernisme" n'a pas que des mauvais côtés !
mais c'est presque plus facile maintenant. Une bonne caisse de retraite, une bonne mutuelle et ma foi tu te place dans le coeur de 95 %.
Ca se complique quand tu cherches les 5% !
Mais j'ai trouvé.
 02/07/08 à 21h26
Langueurs_estivales
A cette époque là , les femmes amoureuses suivaient leurs hommes au bout du monde....quelqu'en fut le prix à payer.

La définition de l'amour a bien regressé depuis....
 02/07/08 à 21h25
Langueurs_estivales
Les vosges et l'alsace ne sont pas du tout pareilles. L'Alsace est terre de passage et a brassé depuis toujours des populations de passage en faisant preuve de tolérance. Elle est évidemment toujours tiraillée entre France et Allemagne, son coeur est en France sans aucun doute possible mais sa culture est germanophile, il y a de l'attirance -et avec raison- pour les deux pays. La guerre a crée des conditions atroces de déchirement entre les alsaciens mais je pense que la fin de la guerre leur a permis de refermer les plaies qu'ils avaient ouvertes à cette occasion, ils ont fait preuve d'intelligence en passant à autre chose et de fait le ressentiment anti-allemand ne pouvaient pas être aussi pérenne dans ce contexte sauf à se tirer une balle dans le pied.
elle a suivi son amoureux en Russie et a laissé son petit Hans au bon soin d'une grand mère. Elle craignait trop les réactions cette population qui comptait alors ses morts; l'addition était lourde : 17 millions de morts.
 02/07/08 à 18h36
bien vu votre message !

 02/07/08 à 15h17
Je m'inquiétais de l'accueil qui avait été réservé à votre tante parce que ma famille maternelle est vosgienne. J'ai entendu des histoires moins sympathiques que celles-ci. Il est déjà difficile d'être accepté dans certaines régions de France lorsque l'on n'en est pas originaire, alors une Allemande à cette époque-là...

Je pense aussi au film "L'été meurtrier" de Jean Becker et à la façon dont la mère allemande du personnage principal, incarné par Isabelle Adjani, avait été traitée par de "bons Français" bien franchouillards.

Quant à l'anticommunisme viscéral et primaire... il sévit sous toutes les latitudes.
 02/07/08 à 15h07
Je suis bien d'accord avec l'ensemble de vos réactions.
Merci de m'avoir répondu et d'avoir partagé cette histoire très forte avec nous.

Je suis heureuse d'apprendre que ces deux amoureux-là se soient tant aimés et soient restés ensemble jusqu'au bout. L'amour vrai triomphe de tous les obstacles (en tout cas il me plaît de le penser) et ceux qu'ils ont rencontrés n'étaient pas minces.

Je suis triste pour eux qu'ils aient perdu cet enfant et n'aient pu en avoir d'autre. Une pensée chaleureuse pour ta tante et pour ton oncle qui doit se sentir bien seul.
 02/07/08 à 10h21
merci pour ton histoire en effet très édifiante
je crois qu'on a tous besoin de donner du sens à "notre" vie pour pouvoir continuer
quand à donner du sens à La Vie, on va projeter nos propres idéaux ou croyances sachant que le réel lui nous échappe en grande partie même s'il obéit à certains principes assez têtus!
 02/07/08 à 09h36
Langueurs_estivales
Avoir de la mémoire c'est savoir donner du sens à la vie....Tu me comprends surement....
 02/07/08 à 09h34
Langueurs_estivales
Elle fut accueillie comme sa femme, puisqu'ils s'aimaient et puis comme rien n'était simple chez les "malgré nous", ils se sont mis à bosser pour reconstruire et dans les champs on ne voyait pas trop la différence entre ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. Ils ont planté choux, navets, carottes, salades et allaient les vendre au marché, de permettre aux gens de manger ça calme les ardeurs "anti". A cette époque d'ailleurs les pro-allemands n'étaient pas tous "nazi" et se gardaient bien de l'être, par contre ils étaient tous anti-communistes viscéraux.
Nota pour la tante : sur la moto elle était enceinte des oeuvres de l'oncle et elle a perdu son enfant sur les routes , a failli en mourir et n'a pas pu en avoir ensuite, mais ils s'aimaient et ils sont restés ensemble jusqu'au bout. Elle l'a quitté la première il y a quelques années, l'oncle est toujours vivant et il la pleure tous les jours.
 01/07/08 à 23h21
Je serais curieuse de savoir comment la copine allemande de votre oncle a été accueillie en Alsace. Cela n'a pas dû être simple pour elle.
 01/07/08 à 23h07
Langueurs_estivales
En 1941 mon oncle par alliance et mon beau père furent enrolés dans l'armée allemande, mon oncle par conviction gagna la division Das Charlemagne (en gros la légion étrangère allemande) et fut envoyé sur le front polonais ainsi que mon beau-père mais lui était simple trouffion obligé d'y aller.

Quand la bataille sur le front de l'Est commença à être un poil dure, mon beau père déserta et rentra à pied (comme il le disait) en passant par le danemark, l'angleterre puis de retour en Alsace il faut mis en tole par les américains qui pensait que c'était un salaud de boche. Pendant ce temps mon oncle qui croyait dur comme fer que les fridolins étaient des cadors, s'est battu dans Berlin en ruine; quand ça a été la fin, il a piqué une moto et mis sa copine allemande sur le siège arrière et s'est barré pour rentrer en Alsace ou il a été accueilli en héros !!! lol

La morale de cette histoire c'est qu'il n'y a pas de morale....Mais que dans la vie, faut savoir monter sur une moto plutôt que de rentrer à pied....
Je comprends que tu vives comme un honneur de l'avoir connu et ton émotion d'avoir été témoin de son histoire haute en couleurs et riche en rebondissements.

En dehors de son courage et de sa force de caractère indéniables, ce qui me frappe dans cette évocation, c'est que cet homme était merveilleusement vivant et libre.

Je me demande s'il n'est pas pour quelque chose dans ton amour des grands espaces et des destinations lointaines.

J'aime sa "haute idée" de l'"amitié, écrite avec le grand F de la fraternité".

"En avoir..." ou pas
c'est pas un peu réducteur ?
surtout quand on voit sur qui est basé ce com.!...
 01/07/08 à 08h56
douce86
 01/07/08 à 00h25
j'ai presque le tournis avec tous tes comms, même si je ne m'en lasse pas.
Saint-ex et son titre magnifique, et puis tes mots emplis de nostalgie.

Encore une bonne tronche !