C’était ma première visite et quand l’infirmière ouvrit la porte de la salle d’attente, j’eus l’impression de pénétrer dans un boudoir. Les murs étaient recouverts d’un papier bleu de Prusse sur lequel s’épanouissaient de larges badianes dorées. Un paravent, des fauteuils disparates, un petit canapé et deux tables basses occupaient presque tout l’espace. Devant la fenêtre, un papyrus géant dans une vasque en terre filtrait la lumière. L’ensemble était à la fois agréable, incongru et un peu sombre. Une femme occupait le côté gauche du canapé, les autres sièges étaient vides. Je murmurai un vague salut auquel elle ne répondit pas et je pris place, m’enfonçant dans une bergère plus décorative que confortable.
De longues minutes s’écoulèrent en silence. Il est particulier le silence des cabinets médicaux, entrecoupé de chuchotements, de sons étouffés, distillant un parfum de secrets, d’espoir et d’ennui. Je survolai d’un œil distrait les titres des magazines éparpillés sur les tables, mais ne me décidai à en lire aucun.
Je me tournai vers ma voisine. Elle semblait ignorer ma présence. Assise bien droite, jambes serrées, mains croisées sagement posées sur les genoux, elle adoptait avec naturelle la pose des dames d’autrefois. Sur son visage, le temps n’avait laissé aucune trace. Jeune fille à la perle* égarée dans le XXIème siècle, c’est par son apparente indifférence qu’elle devenait remarquable. L’intensité de son absence forçait l’attention ; les fantômes sans doute ont ce talent-là.
À ce point de mes réflexions, ses lèvres s’arquèrent dans un sourire vague. Sans qu’elle fît le moindre mouvement, son corps parut s'animer. Dans quel songe voyageait-elle ainsi ? Curieuse, je tentai de suivre son regard et mes yeux s’arrêtèrent sur le paravent qui lui faisait face. Jusqu’alors, je n’avais pas détaillé les motifs qui ornaient les pans de bois. Ils offraient cependant à notre vue une succession de scènes érotiques dont la puissance suggestive ne laissa pas de me surprendre. Il se dégageait de ces tableaux une sensualité dont je n’avais jamais aussi fortement perçu la manifestation. Chaque scène n’était autre qu’une invitation à l’extase. Quel étrange objet dans ce lieu de passage !
Un léger soupir me fit tourner la tête. Sur son canapé, apparemment toujours dans la même contenance, ma compagne d’attente laissait maintenant échapper le souffle d’un plaisir naissant qu’elle ne cherchait pas à dissimuler. J’étais à la fois gênée et fascinée par ce curieux manège. Bien qu’elle n’esquissa pas un geste, son être entier semblait onduler au rythme d’une danse charnelle. Possédée par quelque amant invisible, à quelles caresses subtiles se laissait-elle aller ? Un râle profond succéda à ses douces plaintes et dans un tremblement violent, elle jouit enfin, me laissant pantelante, perplexe et quelque peu troublée.
Je ne savais quelle attitude adopter. Jouer le détachement ? Elle jeta alors vers moi un regard qui me fit rougir. Je n’eus cependant guère le temps d’analyser mes sentiments, déjà, la porte s’ouvrait et l’infirmière invitait la singulière amante à la suivre hors de la pièce. La porte se referma et je restai seule, les sens en éveil.
Respirant par saccades, je tentai de retrouver mon calme, de résister à l’intense attraction qu’exerçaient sur moi les lascives estampes. Un geste sans doute aurait suffit, me lever, faire quelques pas, qui sait ?
Combien de temps restai-je ainsi ? Je ne saurais le dire. Mais soudain, sur ma joue, je sentis la caresse d’une main, sur ma nuque, le souffle d’un désir…
Louise qui, en ce début d'hiver décidément bien froid, vous souhaite à tous une fin d'année sereine et surprenante.
*Johannes Vermeer, La jeune fille à la perle.
De longues minutes s’écoulèrent en silence. Il est particulier le silence des cabinets médicaux, entrecoupé de chuchotements, de sons étouffés, distillant un parfum de secrets, d’espoir et d’ennui. Je survolai d’un œil distrait les titres des magazines éparpillés sur les tables, mais ne me décidai à en lire aucun.
Je me tournai vers ma voisine. Elle semblait ignorer ma présence. Assise bien droite, jambes serrées, mains croisées sagement posées sur les genoux, elle adoptait avec naturelle la pose des dames d’autrefois. Sur son visage, le temps n’avait laissé aucune trace. Jeune fille à la perle* égarée dans le XXIème siècle, c’est par son apparente indifférence qu’elle devenait remarquable. L’intensité de son absence forçait l’attention ; les fantômes sans doute ont ce talent-là.
À ce point de mes réflexions, ses lèvres s’arquèrent dans un sourire vague. Sans qu’elle fît le moindre mouvement, son corps parut s'animer. Dans quel songe voyageait-elle ainsi ? Curieuse, je tentai de suivre son regard et mes yeux s’arrêtèrent sur le paravent qui lui faisait face. Jusqu’alors, je n’avais pas détaillé les motifs qui ornaient les pans de bois. Ils offraient cependant à notre vue une succession de scènes érotiques dont la puissance suggestive ne laissa pas de me surprendre. Il se dégageait de ces tableaux une sensualité dont je n’avais jamais aussi fortement perçu la manifestation. Chaque scène n’était autre qu’une invitation à l’extase. Quel étrange objet dans ce lieu de passage !
Un léger soupir me fit tourner la tête. Sur son canapé, apparemment toujours dans la même contenance, ma compagne d’attente laissait maintenant échapper le souffle d’un plaisir naissant qu’elle ne cherchait pas à dissimuler. J’étais à la fois gênée et fascinée par ce curieux manège. Bien qu’elle n’esquissa pas un geste, son être entier semblait onduler au rythme d’une danse charnelle. Possédée par quelque amant invisible, à quelles caresses subtiles se laissait-elle aller ? Un râle profond succéda à ses douces plaintes et dans un tremblement violent, elle jouit enfin, me laissant pantelante, perplexe et quelque peu troublée.
Je ne savais quelle attitude adopter. Jouer le détachement ? Elle jeta alors vers moi un regard qui me fit rougir. Je n’eus cependant guère le temps d’analyser mes sentiments, déjà, la porte s’ouvrait et l’infirmière invitait la singulière amante à la suivre hors de la pièce. La porte se referma et je restai seule, les sens en éveil.
Respirant par saccades, je tentai de retrouver mon calme, de résister à l’intense attraction qu’exerçaient sur moi les lascives estampes. Un geste sans doute aurait suffit, me lever, faire quelques pas, qui sait ?
Combien de temps restai-je ainsi ? Je ne saurais le dire. Mais soudain, sur ma joue, je sentis la caresse d’une main, sur ma nuque, le souffle d’un désir…
Louise qui, en ce début d'hiver décidément bien froid, vous souhaite à tous une fin d'année sereine et surprenante.
*Johannes Vermeer, La jeune fille à la perle.
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que la jeune fille à la perle avait la bouche un peu entrouverte, énigmatiquement.
Voilà que je comprends pourquoi.
Merci Louise
Voilà que je comprends pourquoi.
Merci Louise
érotique !
dans le cabinet des délices, 4e dimension à gauche... TOC TOC... puis-je ?
Quant à la fin d'année surprenante... je ne demande que ça.
Quant à la fin d'année surprenante... je ne demande que ça.

Le vol d'une elle à l'autre et le tableau réjouit
.
Wild Is The Wind
"Wild Is the Wind" is a song written by Dimitri Tiompkin and Ned Washington.
The track was originally recorded
by Johnny Mathis for the 1956 film Wild Is the Wind,
and later covered by Nina Simone
on the album Wild Is The Wind (1966).
David Bowie recorded a version of it in 1976
for his album Station to Station.
Bowie was an admirer of Simone's style,
and after meeting her in Los Angeles
was inspired
to record the song for Station to Station.
.
David Bowie.
.
http://minilien.com/?1yoBRqb3Lv
.
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Wild Is The Wind
"Wild Is the Wind" is a song written by Dimitri Tiompkin and Ned Washington.
The track was originally recorded
by Johnny Mathis for the 1956 film Wild Is the Wind,
and later covered by Nina Simone
on the album Wild Is The Wind (1966).
David Bowie recorded a version of it in 1976
for his album Station to Station.
Bowie was an admirer of Simone's style,
and after meeting her in Los Angeles
was inspired
to record the song for Station to Station.
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David Bowie.
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http://minilien.com/?1yoBRqb3Lv
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sur le site d'Ann Arois s'impose...

Bon Noël ! 

dans lequel est classé ce com est tout aussi troublant que son contenu : "chronique", un petit tour sur mon p'tit robert pour confirmer "chronique : recueil de faits historiques", rapportés dans l'ordre de leur succession"... donc, en commencer la lecture avec cette catégorie en tête ajoute au mystère et à la surprise...
Merci Louise pour ce détail que j'ai aimé aussi.
Merci Louise pour ce détail que j'ai aimé aussi.
on s'y croirait, c'est malin !! (alors que devant moi, nul paravent, juste mon écran, suis au bureau, pas très érotique comme situation).
Très joli com, surprenant oui, j'aime, belle écriture comme toujours, agréable de te lire et te suivre dans tes jolis dédales...
Bon Noël à toi !
Très joli com, surprenant oui, j'aime, belle écriture comme toujours, agréable de te lire et te suivre dans tes jolis dédales...
Bon Noël à toi !
21/12/07 à 10h16
.
Choeur...
[ Wachet auf, ruft uns die Stimme ]
.
Cantate B.W.V. 140
.
J. S. BACH
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http://minilien.com/?KjXiimvrQg
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Choeur...
[ Wachet auf, ruft uns die Stimme ]
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Cantate B.W.V. 140
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J. S. BACH
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http://minilien.com/?KjXiimvrQg
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Mac... Merci !
Arbaces... À vos souhaits !
Catarinetta... Peut-être y manque-t-il juste une cheminée, non ?
Arbaces... À vos souhaits !
Catarinetta... Peut-être y manque-t-il juste une cheminée, non ?

Stefano... L'esprit de Donatien hantait les lieux, évidemment.
Enoracath... Je crains que la magie de ce paravent-là ne puisse se satisfaire d'être couchée... sur du papier !
Loopy... Homme prude... dent ?
Enigme... Étrangirique ?
Enoracath... Je crains que la magie de ce paravent-là ne puisse se satisfaire d'être couchée... sur du papier !
Loopy... Homme prude... dent ?
Enigme... Étrangirique ?
magiques esquisses..une salle d'attente bellement décorée...
.
Youth Choir of Petcherskaja Lavra Kiev
.
Nicolai Kedrov
(jun.) Otche nash - Vater unser -
Our Father
Dir. Olena Solovey;
at Musica Sacra International 2006;
Synagogue of Augsburg, Germany;
.
http://minilien.com/?p9SeWzNgK7
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Youth Choir of Petcherskaja Lavra Kiev
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Nicolai Kedrov
(jun.) Otche nash - Vater unser -
Our Father
Dir. Olena Solovey;
at Musica Sacra International 2006;
Synagogue of Augsburg, Germany;
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http://minilien.com/?p9SeWzNgK7
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et je suis choqué, bien sûr.
Louise, tout d'même !..
Loopy, prude
20/12/07 à 23h50
Moi qui cherche vainement de belles gravures érotiques et ne trouve que ridicule pornographie !


de philosophie dans le boudoir?
elle feuilletait Le point ou Madame Figaro peut-être...
Il paraît en effet que du côté des Pyrénées, certains hivers, surviennent de drôles d'histoires...
À d'autres réveillons improbables ! Bonne année.
À d'autres réveillons improbables ! Bonne année.
Vu la chaleur qu'elle dégage, la Louise, c'est un coup à faire exploser ton frigo, ça !
20/12/07 à 22h57
me donnerez-vous l'adresse?
En souvenir d'un réveillon improbable, nulle part entre Espagne et France...
En souvenir d'un réveillon improbable, nulle part entre Espagne et France...
c'est mal barré
bonne anée à toi aussi
le contraste entre ce que cette femme présente au premier coup d'oeil (vous évoquez un fantome) et comment elle s'abandonne par la suite, sans bouger,
J'adore votre sensibilité et votre attention à l'autre qui vous ont permis de ressentir son trouble (!),
J'adore votre émoi quand vos regards se rencontrent et la dévoilent, et vous dévoilent aussi,
Bref, j'adore ce comm!
urgence!
y'à une scène de chasse à cour en canevas dans un cadre en rotin.
Forcément, on est beaucoup moins émoustillé !
Forcément, on est beaucoup moins émoustillé !
20/12/07 à 22h28
janisjopplin
Que nos compliments vous réchauffent le coeur...


Je réagis à ce commentaire en
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louise_brooks
publié le 20 déc. 07