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« Le plus beau visage d’homme que j’aie jamais connu, je l’ai toujours pensé depuis l’enfance, c’est celui de Buster Keaton […]. (Louise Brooks « double exposure » 1966)

J’ai revu « le caméraman » le mois dernier . Un peu à l’ancienne, dans une salle des fêtes d’un petit village de haute-marne. Bon c’est vrai ça n’a pas attiré les foules, à peine 6 personnes dans la salle. Faut dire que c’est en noir et blanc. En plus ça date de … oh là là 1928 ! Et il n’y a même pas le son en plus !

Il y avait trois musiciens de Jazz pour faire la musique du film en direct. Avec l’équipe technique et les personnes à l’accueil ils étaient plus nombreux que les spectateurs …
En plus on était assis sur des chaises typiques de salle des fêtes de village, vous savez celles avec les armatures métalliques et la coque en plastique.

Et puis la lumière s ‘est éteinte , le film a commencé, et la magie a opéré …



Le caméraman, c’est la déclaration d’amour de Buster au cinéma : pour l’histoire : un photographe ambulant qui se lance par amour dans la carrière de reporter caméraman pour les actualités avec une vieille caméra à manivelle et qui après des débuts catastrophiques (surexpositions loufoques et géniales) où il est complètement raillé et ridiculisé, réussit le scoop du siècle en filmant une émeute dans un quartier chinois. Il fait équipe avec un petit singe, hérité d’un forain de rencontre, qui lui aussi réussira de belles prises de vue qui constituent la chute du film (et que je ne raconterai donc pas ici)

Lorsqu’on voit ce film pour la première fois, on retient surtout les courses, les acrobaties, les cascades typiques du cinéma muet. Mais le caméraman, c’est aussi une belle leçon de cinéma avec un sens du cadrage et du rythme dans le scénario qui en remontre à bien des films d’aujourd’hui. Romance, coups du sort, humiliations successives du petit héros débrouillard persévérant et imaginatif - bref du « cinoche » familial pour des salles de cinéma de quartier.

Sûrement … Mais si on gratte un peu le vernis du celluloid, c’est son autobiographie à peine transposée que Buster filme ici. Car les journalistes qui jugent les premiers films du « caméraman » dans le film seront bientôt en fait les pontes des studios dans la réalité et ils vont définitivement couper les ailes au « caméraman ». Final cut …

“Le cameraman” c’est en effet le chant du cygne de Buster Keaton, le chef d’œuvre au bord de l’abîme juste avant que le producteur indépendant pour lequel il travaillait ne se fasse bouffer par le système des studios américains et qu’il perde son indépendance. Après sa liberté artistique, il perdra tout, le succès, sa famille, ses enfants et il n’émergera des vapeurs de l’alcool que dix ans plus tard pour une carrière purement alimentaire de gagman et de petits rôles jusqu’à la redécouverte de son œuvre du muet dans les années 60.

Aujourd’hui il nous reste une image, celle de la posture parfaitement géométrique du marin du « navigator » en extension dans les cordages du navire et scrutant l’océan dans sa longue vue. Ou bien encore ce regard profond et impassible qui est sa marque de fabrique et qu’on retrouvera intact et sépulcral dans le dernier film expérimental qu’il tournera pour Samuel Beckett juste avant sa mort.



Le mot « fin » apparaît sur l’écran. Les musiciens de jazz s’arrêtent. La salle s’allume et le public applaudit.

Et c’est ainsi que Buster est grand …


P.S. dépêchez vous d’aller voir le caméraman, il est sorti depuis 79 ans et il ne va peut-être pas rester encore longtemps à l’affiche … ;-)))))

P.P.S. Si vous ne connaissez pas Buster Keaton et que vous avez vu et aimé « La rose pourpre du Caire » de Woody Allen, tâchez de mettre la main sur un DVD de « Sherlock Jr » et vous y retrouverez le même procédé du personnage qui sort de l’écran du cinéma avec les moyens techniques de … 1924.

P.P.P.S. Les admirateurs et –trices du grand Buster disposants d’une bonne bibliothèque municipale consulteront avec profit le très beau libre de Robert Benayoun « Le regard de Buster KEATON » (Paris, 1982, ed. Herscher) dont j’ai tiré la citation de Louise BROOKS
Ainsi que bien sur que « SLAPSTICK » mémoires de l’artiste en Poche.
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Voici les 12 dernières réactions à ce commentaire
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Mais quel est le rapport avec Keaton ?

::... ;; ° ! o ;; à toi aussi ...
et (toujours pour les parisiens) un petit coup d'oeil du côté de la programmation des cinémas Action (rue Christine ou rue des Ecoles), grands défenseurs de Keaton, ils passent régulièrement son oeuvre.
 25/06/07 à 20h09
Très bel hommage à un cinéaste que j'adore
 25/06/07 à 19h36
ou "les feux de la rampe"
le titre ne me revient pas de suite, mais voir les 2 monstres sacrés du cinémé muet en clowns tristes en fait un moment particulièrement émouvante.
Très beau comm'.
Grenadine
jetez vous sur Charley Bowers, bricolo pour les intimes. Un petit aperçu: http://www.youtube.com/watch?v=R5nPLJfoFiY
Et un merci au Balzac, parce qu'il le vaut bien. (et contrairement à l'autre, y'a des images)
Robert Crumb, lui, il était amoureux de Bugs Bunny.
 25/06/07 à 15h56
Pour les parisiens qui aiment le muet, les ciné-concerts du Balzac, aux Champs. En juillet, Lubitsch! Miam...


http://www.cinemabalzac.com/public/index/index.php
(le jazz n'a pas pour vocation d'être "jazzy"...)
Mais je ne suis pas là pour ça.

Pour m'associer à cet hommage au Maître, un conseil de lecture :
La bande dessinée "Incertain Silence" de François Ayrolles.

Merci.