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catégorie : tranche de vie
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C’était le printemps à Grenoble, ville grise et terne où je promenais ma solitude adolescente. J’avais 16 ans et la sensation bien réelle d’avoir la vie devant moi. Je regardais avec distance les mœurs de mes copines de classe avec leurs codes vestimentaires convenus et me sentais handicapée de ne pas arriver à m’enthousiasmer pour les mêmes futilités.
Les chanteurs qui les bouleversaient n’arrivaient pas à me faire vibrer.
J’en étais désolée, moi j’écoutais Bach et vivaldi. J’aimais la danse classique, que je pratiquais et que je rêvais.

Je n’aimais pas vraiment les garçons que je trouvais trop décevants. Ceux que je connaissais n’avaient jamais accepté de me voir courir plus vite ou grimper plus haut qu’eux dans les arbres, ils ne m’avaient offert dans leur jeux d’indiens, que la place de la prisonnière.

Heureusement, en plus de Bach, Vivaldi et de la danse classique, j’avais une autre passion, avouable celle-ci : j’aimais les Beatles …
C’est grâce à cette partie émergée de mes goûts, que j’ai rencontré Paulo. Paulo venait comme moi de « là-bas », ce qui ne se devinait pas à son phénotype nordique, deuxième « point commun ».
Je du sans doute ce jour là ne pas être trop mutique, car il ne se découragea pas de la soirée. Comme je déclinais ses invitations à danser, il resta sagement près de moi, à parler, mais pas trop, à me poser des questions mais sans m’agresser. Si bien qu’alors que je refusais encore d’aller danser un Rock, cette fois parce que « je ne savais pas », il me proposa de m’apprendre.

J’acceptais d’aller prendre les cours chez lui, dans sa chambre d’étudiant …
Le disque qu’il avait choisi pour enseigner était « Lady Madonna ». Pendant deux mois, une fois par semaine, pendant une heure Paulo m’appris les pas du rock jusqu’à ce qu’ils deviennent une façon naturelle de bouger.

Je ne pouvais plus maintenant refuser de danser parce que « je ne savais pas ». La proximité avec mes congénères devint plus aisée, et mon confort intérieur se trouva amélioré, grâce à Paulo, parfait gentleman qui n’avait jamais profité de son avantage pour me draguer …

L’été s’annonçait, avec un petit avant goût de liberté. Ma copine Laure-A organisait une fête dans le magnifique appartement de ses parents, au dernier étage de la mairie.
La fête était magnifique, la nuit était douce et claire. La ville qui s’étendait tout autour des terrasses était enfin belle toute illuminée. J’avais beaucoup dansé, dont un dernier rock échevelé avec Paulo. C’est pour prendre le frais qu’il m’a entraîné sur la terrasse sud. Je m’attendais à ce qu’il fasse des blagues vaseuses du style : « C’est où l’Arabie, c’est où dites ? » et j’eu droit à une déclaration d’amour des plus romantiques ponctuée d’une rose rose, puis à un baiser chatouilleux (il portait une moustache et un bouc à la Dartagnan). J’étais dans une confusion extrême, n’ayant vraiment rien vu venir. Paulo était devenu au fil du temps mon copain-frère et j’imaginais que c’était réciproque.

Si j’avais eu des doutes, le baiser qu’on venait d’échanger me confirmait que je n’avais aucun désir pour lui. Il fallu bien que je le lui dise, en cherchant mes mots. Je voulais trouver des mots tendresse, des mots caresses pour lui dire que je ne l’aimais pas d’amour. Je n’ai pas du les trouver … Paulo pleurait dans mes bras en faisant du bruit comme un enfant. Je me souviens de la tiédeur de ses larmes sur mes mains et de leur goût sur mes lèvres. Son grand corps chavirait, il était inconsolable.
Nous sommes restés silencieux l’un contre l’autre pendant des heures, puis nous nous sommes endormis tous les deux dans le hamac. Le petit matin nous a trouvé ainsi.

Tout le monde a du croire que l’affaire était bouclée …
Je n’ai plus revu Paulo, jusqu’à l’année de mes 21 ans, sur le campus à la bibliothèque des Sciences. Nous étions contents de nous revoir, nous sommes allés manger un sandwich ensemble et avons parlé de nos vies. Il s’était marié, il était heureux. Moi aussi, je venais de me marier ….

C’est la dernière fois que je l’ai vu. La vie nous a effacé l’un à l’autre.
Mais lorsque j’entends « Lady Madonna » je pense à lui comme si je l’avais quitté la veille. Paulo c’était un Prince Charmant un vrai, un doux, un tendre, dommage que je ne sois pas une princesse !
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Voici les 13 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
Il s'agissait sans doute de l'ancienne mairie, celle du jardin de ville...
Trés sympa ce com en tous cas...
 16/08/08 à 18h58
labourguignonne
je regrette de ne pas être hier(ha ha) parce que souhaiter ta fête à toi ç'aurait été plus joli, là. merci pour l'émotion, mon prince aussi a été rencontré à Grenoble il y a des années mais moi non plus pas princesse alors..
j'adore ses enfants!!!(et lui les miens).bien sûr c'est pas les mêmes...
la vie efface les pas des amants séparés ?
jme demande !
LN je danse toujours le rock, enfin ... quand j'en ai l'occasion
Et oui mario, marié à 21 ans, Paulo lui à 24 ... Plus trop dans les mœurs aujourd'hui, mais c'est pas mieux non plus ...
Plume, Il y a une seule princesse de conte avec qui je me sens un point commun : c'est la princesse au petit pois ....
 11/08/08 à 21h52
merci de m 'avoir entrainée loin de ma tristesse par ce récit trés beau et très attendrissant.
Pas de doute, Paulo est un prince charmant, mais toi aussi tu es une princesse.
 11/08/08 à 19h48
plus si commun de nos jours....
 11/08/08 à 17h50
 11/08/08 à 12h58
Tu danses toujours le rock ?
 11/08/08 à 09h06
Ce n'est pas le maire qui habite la mairie, c'est un fonctionnaire territorial.
Mais c'était bien l'époque Dubedout;

(Laure-A, c'était la fille à Dubedout ?)
Merci de l'avoir partagé.