Vendredi 11 juillet 2008, vingt-et-une heure cinquante-trois.
Je regarde nonchalamment vers la fenêtre de la chambre. Sur mon lit, tout un tas d’affaires. Oh, je ne pars que le temps du week-end, mais demain matin, c’est le réveil à l’aube, because, plein de gens sur les routes et bison futé parle de noirceur dès six heures du matin. Sans parler de la pluie prévue au programme.
Je continue à chercher une chemisette, mon maillot de bain, quelques livres que je ne lirai de toutes façons pas.
L’ennui quand vous habitez en ville, c’est que vos oreilles sont sans arrêt agressées par des pollutions sonores qui s’arrêtent à peine en pleine nuit : chien qui aboie sans raison, téléviseur de la voisine en dolby stéréo, automobiliste coincé qui klaxonne pour être décoincé, alarme automobile mal réglée, camion qui bloque tout au passage, nettoyeuse municipale automatique des rues, éboueurs, essais de moteurs du garagiste là juste en dessous, gamins qui chialent (nan, chez moi, y a pratiquement que des vieux ! et franchement, les cris d’enfants, je les considère divins même si c’est très aigus)…
Alors, moi, quand j’entends quelques bruits, je ne m’affole pas outre mesure, mais comme mon cerveau, génétiquement calqué sur celui d’un concierge, garde ses réflexes pavloviens, je détourne une nouvelle fois mon regard vers la fenêtre, et… là… STUPEUR !!!!
Plein de gens, là, sur le trottoir en face… et ils me regardent tous… Qu’y a-t-il donc ? Qu’ai-je donc ? Affolement généralisé. Je regarde à gauche et à droite de la rue, et c’est le grand remue-ménage.
Trois grands camions de pompiers, les gros, tout rouge avec une grande échelle, un modèle comme j’aurais bien voulu en avoir étant gosse… d’ailleurs, je l’avais eu finalement. L’échelle était jaune. Pas ici.
Une camionnette de la police, plein de gens dans la rue, avec des regards braqués sur moi. La circulation est arrêtée… il y a des policiers, dont une femme svelte et élancée fort plaisante d’ailleurs (le regard des hommes reste ce qu’il est), il y a des pompiers en habits de cosmonaute, avec leur lance à jet d’eau, leur armure très moderne, un peu emmitouflés et engoncés dans leur jeune âge…
Ma sérénité a des limites, mais je n’ai pas envie d’hurler avec les loups. Raisonnons-nous. Que se passe-t-il et surtout, où ? Après tout, ça peut être le bâtiment d’à-côté.
J’observe avec gloup dans la gorge la clique de pompiers qui… s’engouffre dans mon propre hall d’immeuble. Zut ! C’est sur moi que ça tombe !…
Le digicode n’avait pas eu gain de cause grâce à la présence improbable de la voisine du neuvième gauche.
J’entends donc dévaler les pompiers dans l’escalier. D’habitude, je dévale en descendant les escaliers. Eux, oubliant l’ascenseur (on ne sait jamais), ils dévalent en montant.
J’ouvre donc ma porte d’entrée pour me trouver aux premières loges et demander ce qu’il y a. Lorsqu’ils arrivent à mon niveau, après ma question, l’un d’eux m’explique laconiquement qu’ils ont été contactés car on a vu là-haut de la fumée et même des flammes. Tout est vague dans le signal.
Bigre… Si c’est là-haut, ça ne va donc pas redescendre par chez moi. Le feu, les flammes, ça monte toujours en principe.
Aucune consigne particulière d’ailleurs m’est donnée. Je reste donc chez moi. Le chat commence à s’affoler, et ma valise est désespérément vide. Alors, oui, où est donc mon maillot de bain ?…
Quelques minutes plus tard, replongée dans les regards vers ma tronche. De plus en plus de monde est sorti et des fenêtres qui font face, les voisins commencent à mater.
Par acquis de conscience et abandonnant lâchement le chat dans les incertaines flammes de la pesanteur, j’enfile mes chaussettes et mes chaussures, puis je descends de chez moi en prenant garde de prendre avec moi mon gros trousseau de clefs (la porte d’entrée n’a pas de clenche et avec tous ces courants d’air, c’est un bon moyen d’être enfermé dehors).
Avant même d’aborder la cage d’escalier, j’entends un chien qui aboie et une bonne femme qui gueule contre je ne sais qui en disant qu’il ne fallait pas laisser le chien à l’entrée car s’il mordait, il serait immédiatement abattu…
Je descends donc prudemment les escaliers, craignant le surgissement du molosse.
Finalement, je suis seul à descendre les trois étages et l’entrée est grande ouverte. Les deux portes (il y a deux sas dans cet immeuble, le digicode et l’interphone) bloquées par les lourds tapis déchaussés.
Je sors donc seul, sous les vivats de la foule me happant du regard.
Nan, en fait, comme il ne se passe rien, ma sortie est devenue évidemment un mini-événement.
Je me place donc tranquillement sur le trottoir d’en face et je scrute l’horizon du neuvième étage.
C’est là que je découvre que les deux appartements du neuvième ne sont pas visibles de la rue. Et qu’ils sont riquiqui. En effet, une bonne partie de la surface est utilisée en terrasse.
L’histoire que je parviens à comprendre, c’est qu’il y a une dame en face qui aurait vu de la fumée et des braises enflammées sur la terrasse de droite. Enfin, celle qu’on voit à gauche, mais qui correspond au neuvième droite.
On parle de barbecue. De djeunes qui avaient fait beaucoup de boucan le vendredi précédent (c’est vrai qu’une charmante jeune fille avait placardé dans l’ascenseur un mot d’excuse préalable pour son anniversaire, mais j’avais constaté que le bordel avait duré bien au-delà des deux heures du matin non réglementaires).
Justement, j’ai la voisine du neuvième gauche qui est à ma droite. Âgée, très longiligne, la peau un peu tirée. Son mari vient de monter pour guider les pompiers. C’est sûr, ils n’ont pas les clefs. Peut-être vont-ils passer par la terrasse. Tous les yeux scrutent l’éventuel exploit.
Vous êtes du sixième ?
Ben non, moi, je suis du troisième. Depuis bientôt dix ans, remarquez, c’est un peu nouveau. Tenez, regardez là-haut, le chat qui griffe aux fenêtres (je les avais refermées, me disant qu’en cas de feu, le vent le propagerait plus rapidement).
Donc, cette voisine, elle n’y habite pas vraiment, ici. Ils ont une maison je ne sais plus où. Ici, c’est un pied à terre. Pensez-vous, vingt-huit mètres carré. Et puis, c’est calme, ce quartier, n’est-ce pas ? Je me tais, décide de ne pas donner mon point de vue, les crottes de chien, les crottes de pigeon, le bruit des moteurs du garage, les balayeuses automatiques et tout le tintouin.
Oui, c’est vrai, ces djeunes ont été infernaux. Je n’ai pas pu dormir. Malgré le somnifère et les boules quiès. M’enfin, ça s’écrie comment, quiès ? Quiès ? quies ? quiesse ? cquiesce comme acquiesce ?
La dame a sans doute le sommeil fragile car en ce qui me concerne, j’avais beau maugréer contre ces djeunes, ma torpeur cérébrale était tombée bien à plat malgré la musique à toute berzingue.
À vingt-deux heures dix-huit, les pompiers redescendent sans rien avoir pêché. Rien n’a été observé. Les camions commencent à faire leurs manœuvres avant de repartir.
Il vaut mieux qu’ils se soient déplacés pour rien que d’avoir à affronter un incendie, et blablablabla.
J’aperçois la dame déclencheuse de l’aventure pompière, dire vaguement : ah mais si, j’avais cru voir des flammes… de quoi elle se mêle, celle-ci ? se croit-elle à la Libération ? qui va-t-on tondre ?
Les promeneurs de chiens curieux se retirent. La maréchaussée aussi. Les gyrophares s’estompent. La rue se calme, les bruits se raréfient.
Une guirlande électrique s’allume aux abords de la terrasse du neuvième droite.
Je rejoins le chat.
Et ma valise est toujours vide.
Je regarde nonchalamment vers la fenêtre de la chambre. Sur mon lit, tout un tas d’affaires. Oh, je ne pars que le temps du week-end, mais demain matin, c’est le réveil à l’aube, because, plein de gens sur les routes et bison futé parle de noirceur dès six heures du matin. Sans parler de la pluie prévue au programme.
Je continue à chercher une chemisette, mon maillot de bain, quelques livres que je ne lirai de toutes façons pas.
L’ennui quand vous habitez en ville, c’est que vos oreilles sont sans arrêt agressées par des pollutions sonores qui s’arrêtent à peine en pleine nuit : chien qui aboie sans raison, téléviseur de la voisine en dolby stéréo, automobiliste coincé qui klaxonne pour être décoincé, alarme automobile mal réglée, camion qui bloque tout au passage, nettoyeuse municipale automatique des rues, éboueurs, essais de moteurs du garagiste là juste en dessous, gamins qui chialent (nan, chez moi, y a pratiquement que des vieux ! et franchement, les cris d’enfants, je les considère divins même si c’est très aigus)…
Alors, moi, quand j’entends quelques bruits, je ne m’affole pas outre mesure, mais comme mon cerveau, génétiquement calqué sur celui d’un concierge, garde ses réflexes pavloviens, je détourne une nouvelle fois mon regard vers la fenêtre, et… là… STUPEUR !!!!
Plein de gens, là, sur le trottoir en face… et ils me regardent tous… Qu’y a-t-il donc ? Qu’ai-je donc ? Affolement généralisé. Je regarde à gauche et à droite de la rue, et c’est le grand remue-ménage.
Trois grands camions de pompiers, les gros, tout rouge avec une grande échelle, un modèle comme j’aurais bien voulu en avoir étant gosse… d’ailleurs, je l’avais eu finalement. L’échelle était jaune. Pas ici.
Une camionnette de la police, plein de gens dans la rue, avec des regards braqués sur moi. La circulation est arrêtée… il y a des policiers, dont une femme svelte et élancée fort plaisante d’ailleurs (le regard des hommes reste ce qu’il est), il y a des pompiers en habits de cosmonaute, avec leur lance à jet d’eau, leur armure très moderne, un peu emmitouflés et engoncés dans leur jeune âge…
Ma sérénité a des limites, mais je n’ai pas envie d’hurler avec les loups. Raisonnons-nous. Que se passe-t-il et surtout, où ? Après tout, ça peut être le bâtiment d’à-côté.
J’observe avec gloup dans la gorge la clique de pompiers qui… s’engouffre dans mon propre hall d’immeuble. Zut ! C’est sur moi que ça tombe !…
Le digicode n’avait pas eu gain de cause grâce à la présence improbable de la voisine du neuvième gauche.
J’entends donc dévaler les pompiers dans l’escalier. D’habitude, je dévale en descendant les escaliers. Eux, oubliant l’ascenseur (on ne sait jamais), ils dévalent en montant.
J’ouvre donc ma porte d’entrée pour me trouver aux premières loges et demander ce qu’il y a. Lorsqu’ils arrivent à mon niveau, après ma question, l’un d’eux m’explique laconiquement qu’ils ont été contactés car on a vu là-haut de la fumée et même des flammes. Tout est vague dans le signal.
Bigre… Si c’est là-haut, ça ne va donc pas redescendre par chez moi. Le feu, les flammes, ça monte toujours en principe.
Aucune consigne particulière d’ailleurs m’est donnée. Je reste donc chez moi. Le chat commence à s’affoler, et ma valise est désespérément vide. Alors, oui, où est donc mon maillot de bain ?…
Quelques minutes plus tard, replongée dans les regards vers ma tronche. De plus en plus de monde est sorti et des fenêtres qui font face, les voisins commencent à mater.
Par acquis de conscience et abandonnant lâchement le chat dans les incertaines flammes de la pesanteur, j’enfile mes chaussettes et mes chaussures, puis je descends de chez moi en prenant garde de prendre avec moi mon gros trousseau de clefs (la porte d’entrée n’a pas de clenche et avec tous ces courants d’air, c’est un bon moyen d’être enfermé dehors).
Avant même d’aborder la cage d’escalier, j’entends un chien qui aboie et une bonne femme qui gueule contre je ne sais qui en disant qu’il ne fallait pas laisser le chien à l’entrée car s’il mordait, il serait immédiatement abattu…
Je descends donc prudemment les escaliers, craignant le surgissement du molosse.
Finalement, je suis seul à descendre les trois étages et l’entrée est grande ouverte. Les deux portes (il y a deux sas dans cet immeuble, le digicode et l’interphone) bloquées par les lourds tapis déchaussés.
Je sors donc seul, sous les vivats de la foule me happant du regard.
Nan, en fait, comme il ne se passe rien, ma sortie est devenue évidemment un mini-événement.
Je me place donc tranquillement sur le trottoir d’en face et je scrute l’horizon du neuvième étage.
C’est là que je découvre que les deux appartements du neuvième ne sont pas visibles de la rue. Et qu’ils sont riquiqui. En effet, une bonne partie de la surface est utilisée en terrasse.
L’histoire que je parviens à comprendre, c’est qu’il y a une dame en face qui aurait vu de la fumée et des braises enflammées sur la terrasse de droite. Enfin, celle qu’on voit à gauche, mais qui correspond au neuvième droite.
On parle de barbecue. De djeunes qui avaient fait beaucoup de boucan le vendredi précédent (c’est vrai qu’une charmante jeune fille avait placardé dans l’ascenseur un mot d’excuse préalable pour son anniversaire, mais j’avais constaté que le bordel avait duré bien au-delà des deux heures du matin non réglementaires).
Justement, j’ai la voisine du neuvième gauche qui est à ma droite. Âgée, très longiligne, la peau un peu tirée. Son mari vient de monter pour guider les pompiers. C’est sûr, ils n’ont pas les clefs. Peut-être vont-ils passer par la terrasse. Tous les yeux scrutent l’éventuel exploit.
Vous êtes du sixième ?
Ben non, moi, je suis du troisième. Depuis bientôt dix ans, remarquez, c’est un peu nouveau. Tenez, regardez là-haut, le chat qui griffe aux fenêtres (je les avais refermées, me disant qu’en cas de feu, le vent le propagerait plus rapidement).
Donc, cette voisine, elle n’y habite pas vraiment, ici. Ils ont une maison je ne sais plus où. Ici, c’est un pied à terre. Pensez-vous, vingt-huit mètres carré. Et puis, c’est calme, ce quartier, n’est-ce pas ? Je me tais, décide de ne pas donner mon point de vue, les crottes de chien, les crottes de pigeon, le bruit des moteurs du garage, les balayeuses automatiques et tout le tintouin.
Oui, c’est vrai, ces djeunes ont été infernaux. Je n’ai pas pu dormir. Malgré le somnifère et les boules quiès. M’enfin, ça s’écrie comment, quiès ? Quiès ? quies ? quiesse ? cquiesce comme acquiesce ?
La dame a sans doute le sommeil fragile car en ce qui me concerne, j’avais beau maugréer contre ces djeunes, ma torpeur cérébrale était tombée bien à plat malgré la musique à toute berzingue.
À vingt-deux heures dix-huit, les pompiers redescendent sans rien avoir pêché. Rien n’a été observé. Les camions commencent à faire leurs manœuvres avant de repartir.
Il vaut mieux qu’ils se soient déplacés pour rien que d’avoir à affronter un incendie, et blablablabla.
J’aperçois la dame déclencheuse de l’aventure pompière, dire vaguement : ah mais si, j’avais cru voir des flammes… de quoi elle se mêle, celle-ci ? se croit-elle à la Libération ? qui va-t-on tondre ?
Les promeneurs de chiens curieux se retirent. La maréchaussée aussi. Les gyrophares s’estompent. La rue se calme, les bruits se raréfient.
Une guirlande électrique s’allume aux abords de la terrasse du neuvième droite.
Je rejoins le chat.
Et ma valise est toujours vide.
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Voici les 6 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
16/07/08 à 11h58
Jules de sa tanière un vendredi soir.Bravo!Pas de caméra cachée??
t'as pris un coup de soleil et tes neurones ont frisé... je suis sans voix
Il est mignon, ce com...^^
sauf peut-être celui de s'occuper d'une voisinne en feu?
oooooooooki ------------------------> []
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( c'est long lascenseur) .
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oooooooooki ------------------------> []
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( c'est long lascenseur) .
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15/07/08 à 21h57
Je vote pour toi******, puis je lis !
Machiavel dans ses tendres humeurs !!!
Machiavel dans ses tendres humeurs !!!




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Jules Félix
publié le 15 juillet 08