Lundi, 20 h 30, Paris.
La nuit tombe sur la ville lumière. Rue d’Oradour-sur-Glane – nom prédestiné pour cette triste artère qui longe le périphérique Sud dans l’attente sans désir d’une jonction à la ligne T2 des tramways parisiens, Lucette se prépare.
Affalé dans son fauteuil au velours usé, Virgile suit d’un œil indifférent, sur l’écran de la télé, les grimaces affables d’un présentateur qui distille de sa voix suave les dernières atrocités perpétrées sur la Planète. Se retournant soudain, il invective sa compagne.
- Oh, Lucette, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?!
D’ordinaire, cette remarque provoque chez Lucette un regain de nervosité qui la rend gauche, alors qu’elle aimerait tant « bien faire ». Mais ce soir… Ce soir, Lucette sourit.
Lundi, 20 h 35, Londres.
Salle de rédaction du « Sun ». Duncan Larcombe, correspondant royal pour ce journal qui n’a de céleste que son titre, constate avec effarement qu’il y a une tache de vin sur le pan gauche de sa chemise blanche. Dans moins de quinze minutes il entrera dans la salle de conférences et il y a une tache sur le pan de sa chemise !
Lundi, 20 h 45, Paris.
Virgile soulève le lourd rideau de fer et Lucette sort du bâtiment. Elle traverse la rue et se poste, bien droite, au bord du trottoir. Elle sait qu’une fois encore, malgré le gilet et les bottes, elle aura froid. Qu’une fois encore ses bras ankylosés, ses jambes lourdes, le défilé des inconnus réveilleront la souffrance. Mais ce soir… Ce soir, Lucette sourit.
Et Virgile sent bien que ce soir, ce soir quelque chose est différent, qu’il ne comprend pas. Il soulève sa casquette et se gratte le crâne au maugréant. « Ah, les bonnes femmes, j’vous jure ! »
Lundi, 21 h 05, Londres, salle de conférences de la rédaction du « Sun ».
Tous les regards se tournent vers Duncan Larcombe lorsqu’il pénètre dans la pièce. Des mains se tendent, des sourires s’esquissent, des compliments affleurent. « Sacré Duncan, encore un coup fum… » Mais soudain, le silence. Un frisson parcourt l’assemblée. Personne ne veut y croire et cependant, l’impensable a bien lieu.
De mémoire de rédacteur, on n’avait encore jamais vu la moindre tache sur les chemises immaculées de Duncan Larcombe !
Lundi, 22 h 15, Paris.
Rue d’Oradour-sur-Glane, la circulation est calme. Au bord de la route, Lucette, les yeux fermés, sourit. Dans sa tête défile les mots de l’article qu’elle connaît maintenant par cœur et qu’elle se récite comme une litanie.
« LONDRES (AFP) - Le prince William et sa petite amie Kate Middleton ont rompu, une décision qui a créé samedi une énorme surprise au Royaume-Uni où les Britanniques attendaient plutôt l'annonce de prochaines fiançailles.
Les jeunes gens se fréquentaient depuis quatre ans, et depuis des mois, les spéculations allaient bon train sur un possible mariage du futur roi d'Angleterre, 24 ans, avec cette jeune femme brune et gracieuse de 25 ans qui semblait lui convenir parfaitement.
Mais selon le quotidien populaire Sun, le premier à annoncer samedi leur rupture en "exclusivité mondiale", la pression était devenue trop forte sur le jeune couple, notamment en raison des obligations militaires du prince, rarement disponible, et de l'énorme intérêt des médias pour Kate Middleton, vivant seule à Londres.
Les deux jeunes gens se sont séparés "à l'amiable", a précisé le Sun. »
Et elle est contente, Lucette, William n'épousera pas Kate. Parce qu’un prince, n’est-ce pas, ça épouse une princesse, pas une roturière, c’est dans l’ordre des choses. Et de cela au moins, Lucette est convaincue !
Mais déjà des voitures approchent…
Paris, printemps 2007.
Dans le quinzième arrondissement, une rue porte le triste nom d’Oradour-sur-Glane. Sur le trottoir, à quelques mètres à peine des immeubles cossus de « Pierre & Vacances », une femme plus très jeune, vêtue d’un gilet jaune à bandes fluorescentes et de bottes fourrées se tient debout, chaque soir, un panneau bleu à la main. Sur le panneau, un large « P » blanc surmonte une flèche qui pointe vers l’ouverture d’un parking, dans l’immeuble d’en face. Appuyé contre le mur, sous l’enseigne lumineuse du parking, un homme bedonnant, une casquette vissée sur le crâne, le regard vide, attend l’automobiliste ; proxénète minable d’un sordide esclavage.
Et si… Et si à Londres, dans les lavabos du « Sun », un homme frottait frénétiquement le pan gauche de sa chemise pour en faire disparaître une tache plus tenace que celle laissée par n’importe quel vin ?
Ici, Louise.
http://www.courrierinternational.com/gabarits/html/default_online.asp
réactions : 19
lectures : 126
votes : 12
Voici les 19 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
des anglais.
Effet pervers de la mondialisation!
Effet pervers de la mondialisation!
Euh... t'es sûre que tu veux pas t'essuyer avant ?
je t'embrasse avec mes babines qui frémissent
j'ai branché cet après midi une boite neuf dans ma maison
j'ai les babines qui frémissent...
j'ai les babines qui frémissent...
et dans le royaume a coté eh bin il ne se passe pas grand chose !!!!
Mais Lucette elle , sa vie nous interesse bien plus j'éspère ........
Mais Lucette elle , sa vie nous interesse bien plus j'éspère ........
Le prix de l'immobilier y a flambé !
c'est qu'ils ne seraient plus aussi réactifs qu'avant...
les 'spéculations', que nenni
le prince avait forniqué ailleurs, enfin non il avait trempé de la langue dans la bouche d'une autre en discothèque.........
je te dis, le CI ce n'est plus ce que c'était, rien de tel qu'un bon public aux photos bien pixellisées et floues...
les 'spéculations', que nenni
le prince avait forniqué ailleurs, enfin non il avait trempé de la langue dans la bouche d'une autre en discothèque.........
je te dis, le CI ce n'est plus ce que c'était, rien de tel qu'un bon public aux photos bien pixellisées et floues...
ya un dossier sur les bouleversements dans le sport à cause du clmat.
Aussi un regard allemand sur les élections françaises.
Enfin bon, ya de l'ennuyeux aussi, quoi, pas que de de vrais sujets comme les montre Louise.
Aussi un regard allemand sur les élections françaises.
Enfin bon, ya de l'ennuyeux aussi, quoi, pas que de de vrais sujets comme les montre Louise.
ils parlent de ça ds le courrier international: ben c'est clair cette semaine je ne vais pas l'acheter!!!!
Para dit
c'est encore mieux que du voici
Candy... Candy... Candia ?
j'ai tenté de me petit-suicider.
mais je me suis raté. J'avais que du lait en poudre.
mais je me suis raté. J'avais que du lait en poudre.



Je réagis à ce commentaire en
Je réagis à ce commentaire en 


louise_brooks
publié le 17 avril 07