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catégorie : création littéraire
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Quelques mois plus tard, en mission dans sa ville, je déjeunais dans un restaurant de la rue principale. Une de ces tables où l'on déguste le plat du jour mijoté depuis l'aube par la maîtresse de maison et accompagné de desserts aussi simples et rares que délicieux. J'étais dans un état de bien-être qui ressemblait à celui que je ressentais chez ma mère lorsqu'elle me traitait ainsi.

Tout à coup, un groupe de 5 à 6 personnes entra, à plus grande surprise je découvris parmi eux, mon compagnon voyageur. Son regard se posa sur moi et il me reconnu aussitôt. Il vint me saluer et me demanda si je me souvenais de lui.
- Bien sûr lui dis je, j'ai souvent pensé à vous ces derniers temps et encore davantage depuis que je suis ici pour y travailler quelques jours. Si j'osais, ajoutais je, je vous demanderais si vous allez mieux maintenant et s'"il" vous a enfin laissé tranquille.
Il sourit de façon énigmatique et me dit
- Oui tout va bien à présent. Mais puisque vous me faites l'honneur de vous intéresser à moi je veux bien vous conter la suite. Avez vous quelques libertés en soirée ?
J'acquiesçai vivement ;rendez- vous fut pris le soir même.

Il me raconta comment, au moment de notre rencontre, depuis 5 ans, il était progressivement mis sur la touche dans son entreprise à laquelle il avait consacré toute sa vie et toute son énergie. Il voyait bien pendant toute cette période ce qu'on voulait de lui : qu'il parte enfin et qu'il cesse de demander que l'on conserve des méthodes de travail dont il avait usé et qui avaient fait leurs preuves. Maintenant c'était différent, il fallait passer à autre chose. Il avait pourtant mené sa barque avec succès et avait contribué au développement des affaires de la société qui avait pendant ce temps considérablement augmenté son personnel et son chiffre d'affaire...

J'étais si passionné par ma fonction et ses résultats, poursuivit-il, que je refusais de me préparer à partir à la retraite et de faire un peu le bilan du passé. Je savais pourquoi je ne voulais pas regarder en arrière… même si j'avais réussi, je n'avais tout de même pas fait tout ce que j'aurais dû. Le déni que je maintenais comme un forcené déchirait mon âme.
Ce fut la semaine consacrée à ma maîtresse Lindsay pour nos adieux qui me permirent d'échapper à cette contrainte mentale : ce fut comme une voie d'eau dans mon for intérieur, un appel d'air, de multiples bouffées d'oxygène.
Nous pleurâmes tous deux sur nos souvenirs. Ne l'avais je pas maintenue dans l'ombre au cours de ces vingt dernières années au détriment de notre bonheur au grand jour ? Elle ne me le reprochait pas, elle avait été heureuse, mais elle savait aussi quelle trahison de nos promesses de jeunes gens s'y s'était concrétisée : ne penser qu'à l'autre, rester fidèles, authentiques, amoureux, sincères, sans faux semblants…les décombres assaillaient nos cœurs…
Elle m'aida alors à revoir ce qu'il était advenu de mes exigences de jeune professionnel créatif, investi, passionné. Que de reculades devant le poids de certaines réalisations, que de jeux internes au détriment du développement de l'entreprise, que de retournements de "veste" aux changements de dirigeants, que de dossiers trop rapidement classés, …ma conscience réglait ses comptes…
Enfin, j'aurais pu apprendre mes valeurs à mes enfants, je n'en ai pas trouvé le temps ! Ils ne pensent qu'à quitter leur emploi le plus tôt possible pour se livrer à leurs jeux et distractions favorites au lieu de rendre à la société au moins ce qu'elle leur a donné à travers l'enseignement. Aucun d'eux ne se dévoue dans une association ou à titre bénévole. Au contraire, ils se répandent en exigences sociales à l'infini.
Et ce n'est pas ma femme légitime qui me permettrait de redorer mon blason intérieur. Elle n'a cessé de me demander de revenir à mon rôle d'époux et de père et je n'ai jamais fait même semblant de comprendre ce qu'elle me demandait. Je me suis sans cesse défendu en m'abritant derrière mes charges professionnelles.

Lindsay par sa douceur infinie m'aida au cours de cette semaine à clarifier tout cela et à voir ce qui avait été au cours de toutes ces difficultés, mon chemin et mon accomplissement personnel et professionnel même s'il n'avait pas toujours été en droite ligne de mes rêves de jeune homme. Elle me remémora tout ce qui fit la chance de ceux qui avaient profité de la plus value que j'avais apportée à l'entreprise et au modèle que j'avais constitué pour mes jeunes collègues qui ont maintenant tant envie que je parte pour faire autre chose mais … aussi certaine choses identiques, pour ce qu'ils estiment intemporel. Elle me permit de me rendre compte, au delà des gains directs ce qu'en cascade nos sous traitants avaient développé pour eux même et pour d'autres entreprises. Et puis, c'est un comble pour elle, elle me fit percevoir tous les bénéfices que ma femme et mes enfants n'avaient cessé d'engranger dans mon sillage tout en protestant pour bien montrer la permanence de leurs attentes.

L'homme dont le reflet me poursuivait, et qui n'était autre que moi même dans ma jeunesse, a cessé progressivement de m'apparaître lors de mes derniers voyages avec Lindsay et, définitivement, au moment où je la quittai à la gare de S.
Voyez Mademoiselle lorsqu'on termine un morceau de vie important, il ne faut pas négliger de peser le passé sous tous ses aspects et tenter de le réconcilier avec les espoirs et attentes de sa jeunesse. C'est à ce prix que nos rêves d'enfants et de jeunes adultes peuvent à nouveau générer des projets qui tenteront à leur tour de ne pas les décevoir.

Son propos l'avait fatigué, le serveur finissait de préparer la dernière table pour le lendemain, je le raccompagnai chez lui et, sur le palier, je lui demandai la permission de l'embrasser.
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Voici les 4 dernières réactions à ce commentaire
 Date
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Rédacteur
 21/03/07 à 17h09
fantome_jersey
Là bas au loin il y a la ligne d'horizon, quand on se met en marche vers elle, il faut bien une vie entière pour se rendre compte qu'elle recule au fur et à mesure ou on progresse. Au début de la vie , on ne s'en rend pas compte alors on part plein d'entrain. Plus tard on commence à se douter de quelque chose, alors au fil de l'eau les marcheurs abandonnent en route, ceux qui ont décidé qu'il n'y avait rien à faire, ceux qui se lassent, ceux qui jouent avec les lacets de leurs godasses usées.

Pourtant , ceux qui restent en marche le savent bien, on se rapproche chaque jour de l'horizon , mais jamais au grand jamais il ne faut en douter, sinon on est ramené à son point de départ avec les illusions en moins et la désespérance tranquille que l'on combat à coup de pourquoi et de réminiscence.

Alors il n'y a plus rien , sauf léo ferré

Nous partîmes... Nous étions une poignée...
Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé
Ecoutez-les... Ecoutez-les...
Ca rape comme le vin nouveau
Nous partîmes... Nous étions une poignée
Bientôt ça débordera sur les trottoirs
La parlotte ça n'est pas un détonateur suffisant
Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule...
Toutes des concierges !
Ecoutez-les...

Il n'y a plus rien

Si les morts se levaient ?
Hein ?

Nous étions combien ?
Ca ira !

La tristesse, toujours la tristesse...

Ils chantaient, ils chantaient...
Dans les rues...

Te marie pas Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan
Et ceux de Mexico
Bras dessus bras dessous
Bien accrochés au rêve

Ne vote pas

IL N Y A PLUS RIEN

 20/03/07 à 10h23
 20/03/07 à 08h02
oxymores

mais avec soi-même ..n'est-ce
pas un peu la même chose ?
Tenter.. non réussir cet exercice d'espoir !