Technikart

la rencontre par affinités culturelles

  1. Rencontre des femmes et des hommes qui partagent vos passions.
  2. Créez vos listes d'oeuvres et d'artistes préférés
    parmi + de 2 millions de références.
  3. Partagez vos goûts, émotions, réactions en cinéma, musique, lecture, médias.
L’accès à la kulture n’est plus ce qu’il était
 L’accès à la kulture n’est plus ce qu’il était
rediger un nouveau commentaire sur Comme un roman
catégorie : tranche de vie
corps du commentaire en taille petitecorps du commentaire en taille moyennecorps du commentaire en taille grandeimprimer ce commentaireenvoyer ce commentaire à un ami
En ce mois de février 1960, je venais d’atteindre l’âge de raison.
Ça faisait déjà un an que je savais lire et ma mère repoussait de mois en mois ce grand moment.
Je trépignais d’impatience.
Pour mon anniversaire, j’avais demandé une inscription à la bibliothèque municipale et enfin elle m’y avait emmenée.

La bibliothèque se trouvait au premier étage de la mairie.
D’abord il fallait gravir un grand escalier de pierres, dont les marches étaient usées au milieu d’avoir été tant empruntées.
Puis on entrait par une petite porte sur le coté. Petite, mais lourde, avec une poignée de cuivre haut-placée. Et quand on la lâchait, elle faisait en se refermant un vacarme assourdissant amplifié par une impressionnante hauteur sous plafond d’ou tombait un lustre monumental.
La grande porte, elle, n’était ouverte que pour les mariages et les cérémonies officielles.
Ensuite venait un impressionnant escalier en chêne à double révolution : en haut, de face, la salle du conseil municipal, à droite, la salle des mariages et à gauche, LA bibliothèque.

La porte de la salle de lecture était aussi difficile à ouvrir que celle du bas et elle semblait prendre un malin plaisir à vous échapper des mains et à se refermer bruyamment avant que vous ne vous soyez vraiment décidé à entrer. Les regards réprobateurs qui vous accueillaient vous donnaient une furieuse envie de vous transformer en la plus minuscule des souris.
Il fallait alors passer entre une double rangée de pupitres munis d’une petite lampe verte.
C’est aussi derrière ces pupitres qu’étaie nt assis les regards et la réprobation redoublait car bien sur, les lames du plancher de chêne grinçaient. C’est d’ailleurs à ce détail que l’on identifiait les habitués : le plancher reconnaissant restait silencieux sous leurs pas.

Le pire était à venir.
La bibliothécaire trônait en haut d’une estrade entièrement occupée par un lourd bureau en bois sombre.
Je n’avais rien remarqué la première fois avec ma mère tellement j’étais impressionnée, mais les transactions se faisaient dans un silence total : l’emprunteur remettait un petit papier sur lequel était inscrit son nom et le livre qu’il souhait emprunter.
La bibliothécaire se dirigeait alors vers une des portes grillagées et fermées à double tour.
Cliquetis des clefs, frottement métallique de l’escabeau qui coulissait si le livre était haut-perché (c’était aussi le signe qu’il était douteux au regard d’une certaine morale), c’étaient les seuls bruissements tolérés.
En revenant, elle inscrivait le nom de l’emprunteur et la date du retour sur un petit carton qu’elle glissait dans un casier en bois et tendait un volume recouvert de papier kraft, dont la première de couverture portait une étiquette écrite à l’encre violette.

Mais moi, bien sur, tout en bas de l’estrade, le nez en l’air, j’étais venue les mains vides, contrainte à demander…je ne savais quoi.
C’est ainsi que je me suis retrouvée, terrorisée, à lire «les classiques », choisis à mon intention par Madame la Bibliothécaire : Paul et Virginie, Les malheurs de Sophie et les petites filles modèle, la mare au diable et les hauts de Hurlevent, David Cooperfield et Tom Sawyer, la case de l’oncle Tom et Colomba, l’ile au trésor et Robinson Crusoe, le tour du monde en 80 jours, les misérables et le rêve, les lettres de mon moulin et la trilogie des Pagnol, l’âne culotte et Poil de Carotte ...et tant d’autres….
Parmi eux, il y en a bien eu quelques uns qui m’ont intéressée, mais je dois avouer que mes gouts étaient rarement en accord avec ceux de cette vieille fille acariâtre (oui, elle avait au moins.30 ans).

Je ne sais pas comment j’ai fait pour réussir à surmonter ma terreur, pour persister à revenir de semaine en semaine dans ce temple de la culture aussi peu accessible et pour finalement aimer autant lire.

L’odeur des livres, je crois….

réactions : 15
lectures : 431
votes : 9
Voici les 15 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 15/07/08 à 08h22
ma fille a ramene du mexique 3 "trucs" (je ne sais pas comment les appeler
ca ressemble a une carte telephonique un peu plus epaisse avec des ecouteurs
c'est l'enregistrement d'un livre par un acteur et ca coute le prix d'un cd
ici, j'ai deja entendu ce genre de choses sur cd, mais pas sur un aussi petit format et qui ne necessite aucun autre appareillage
j'avoue que pour une grande paresseuse comme moi, l'idee de ne plus tenir un lourd volume qui me tombe sur le nez quand je m'endors, et aussi l'hiver pour rester bien au chaud sous la couette, c'est bien tentant...
parce qu'à la maison y avait déjà tellement de trucs à lire et puis mon père m'achetait de belles éditions. c'est une passion les bouquins dans la famille.
Mais je préfère les acheter que les emprunter parce que j'adore les relire et j'aime les avoir sous la main et j'aime pas les bibliothécaires, elles ont jamais les livres que je leur réclame. En plus j'aime pas qu'on abime les livres, qu'il y est une page cornée, que des mots soient soulignés ou qu'on écrase les pages quand le livre est ouvert pour qu'elles restent bien ouvertes, mes bouquins à moi ils sont, bien que lus, comme sortis de la machine, juste certains sont jaunis par les années.
J'ai toujours dans ma poche une petite liste de livres que j'aimerai lire et quand j'ai les moyens j'achète.
para, je ne crois pas que les livres soient amenés à disparaitre à cause des nouvelles technologies, il n'y a jamais eu autant d'éditions de livres et on ne peut trimballer son ordi partout ou avoir envie de le trimballer et surtout en avoir un, je crains que le livre sur papier est encore de beaux jours.
 14/07/08 à 15h57
transformer les prisons en bibliothèques...

ça, ce serait d'la bonne idée géniale !!!
Dans un autre com', j'ai vanté ma vieille discothèque
J'aurais pu en faire autant avec ma vieille bibliothèque ...

http://www.pointscommuns.com/la-pirate-commentaire-cinema-70713.html#r677440
 14/07/08 à 11h58
le 5, je l'avais mis hier
reste que les livres, avec les nouvelles technologies de lecture vont, à mon avis disparaitre.....malheureusement?
 14/07/08 à 11h41
j'ai voulu retourner dans la bibliotheque de mon enfance
la porte de la mairie est en verre, coulissante et tout a fait silencieuse
la bibliotheque a demenage pour s'installer... dans la prison
tout le rez de chaussee est occupe par la section enfant
c'est colore, lumineux, chaleureux
il y a des fauteuils profond ou l'on peut se lover avec son doudou pour regarder juste des bd ou se plonger dans une atmosphere qui fait peur
dans un coin, une dame lisait une histoire a haute voix et les 5 enfants qui l'ecoutaient, a plat ventre sur un tapis, riaient a gorge deployee
la section adulte est dans les cellules
il y a des tayonnages sur 3 murs, le 4eme a ete abattu et ces niches s'ouvrent sur une mezzanine a l'etage, en bois blond et sur une cour interieure au 1er niveau
des fauteuils en cuir vert un peu partot, sur le sol recouvert de moquette
aucune couverture ne vient cacher les livres
en ''tete de gondole'', des presentoirs offrent les dernieres acquisitions
je me suis plongee avec delice dans le grand livre de cuisine de colette (clin d'oeil aux copones qui etaient en week end chez folleavoine en automne)
et dans un autre sur botero
a un moment, un monsieur est gentiment venu me dire que j pouvais revenir le lendemain ou emprunter ce livre i je preferais : je n'avais pas vu passer l'apres midi
mais l'odeur etait toujours la
 14/07/08 à 10h54
encre, papier, sueur et terreur de l'écrivain, odeur des mains qui ont tenu et retenu les pages, senteurs des maisons, des étagères où l'humidité saisit les pages mieux que les regards...
et puis ce livre ami, assoupli par une main inconnue, qui s'ouvre seul à la page qui vous console...

en vous lisant je pense à un vieil ami qui lâcha ses outils de menuisier pour monter une bibliothèque magique au creux d'une cité béton peuplée de déracinés... je vais lui porter votre texte, même si son coeur est en bout de course, cela le fera sourire... avec lui, il n'y eu jamais de clef entre livres et lecteurs, pour lui accepter de se faire voler est aussi une manière de donner
le mercredi, auborddufleuve... comme quoi, rien d'incompatible
le meuble du salon de mes parents (simili bois-formica-plein de compartiments TRES pratiques) comportait une niche qu'on pouvait fermer quand on faisait coulisser une porte... MA cabane... odeur inénarrable - le bar était à côté, y'avait un mélange pastis-whisky-cassis digne des meilleurs bistrottiers...
j'y ai vécu mes plus grands moments de lecture, blottie en pyj et en position foetale, faisant corps avec une édition - certes expurgée, mais bien quand même - des mille et une nuits...
la couverture reproduisait en tissu une tapisserie ancienne (grand chic, j'étais déjà presque une princesse en la touchant...) et je dévorai l'histoire du prince Achmed et de la fée Pari-Banou...

de grands moments...

de mon temps par contre, les bibliothèques sentaient plus trop le moisi... juste le papier...
qu'ils préfèrent regarder la tv !
s'évader...
mais les livres sentent tjs aussi bons.
c'est effrayant. Mais on sent l'odeur douçâtre des livres d'ici: délectable.
et oui, c'est l'odeur des livres qui me faisait revenir. Merci