« Le simple fait de le mettre en mots le rendait soit faux, soit incomplet, comme l’amour j’imagine »
écrit Jamaica Kincaid dans « Mon frère » - mort du sida à trente-trois ans, en 1996 à Antigua, petite île des Antilles.
Ce roman fait partie de la trilogie qui témoigne d’une famille re-découverte, trois livres qui sont des enquêtes familiales sur les non-dits : Autobiographie de ma mère (1996) et Mr Potter (2004).
Autres livres : Annie John (86), Lucy (90), Au fond de la rivière – suivi de Petite île (97). Petite île est une série de dénonciations, magistrale et salutaire, envers le colonisateur britannique et la démarche touristique.
Si le ton est distancié, presque cassant, efficace, l’écriture est rythmée, toupie perçant peu à peu la sensibilité des personnages. La langue préexiste à la narration : incantatoire, sauvage, elle est liée à la souffrance.
L’auteur interroge le réel dans son rapport à la vérité : il y a toujours présent le sentiment de non-appartenance et le refus d’être dominée. Comment faire autrement quand les premiers mots appris furent « Empire britannique » ?
Elle refuse l’exotisme qui « a toujours une connotation sexuelle. Si on vous taxe d’écrivain exotique, c’est qu’on a envie de vous baiser, pas de vous lire ».
Dans Mon frère, il y a le temps, celui d’entre la maladie et la mort :
« ce temps est devenu un monde. Pour faire un monde il faut une éternité, refuge de ce qui est perdu, refuge de toutes les choses qui ne seront jamais ou des choses qui ont été mais ont perdu leur cours et l’espoir de se retirer avec quelque grâce ».
L’auteur écrit pour survivre, elle témoigne mais en restant littéraire, intime « car on parle trop souvent d’histoire collective ». L’écriture est un processus douloureux, et le lecteur doit s’y adapter.
Mon préféré est « Autobiographie de ma mère » qui commence ainsi « Ma mère est morte au moment où je suis née, aussi toute ma vie n’y a-t-il jamais rien eu entre moi et l’éternité ». Sa lucidité confine au vide absolu, et pour cette raison j’admire ce livre et ne me lasse pas de le relire, en espérant qu’Albin Michel en fera une autre impression.
écrit Jamaica Kincaid dans « Mon frère » - mort du sida à trente-trois ans, en 1996 à Antigua, petite île des Antilles.
Ce roman fait partie de la trilogie qui témoigne d’une famille re-découverte, trois livres qui sont des enquêtes familiales sur les non-dits : Autobiographie de ma mère (1996) et Mr Potter (2004).
Autres livres : Annie John (86), Lucy (90), Au fond de la rivière – suivi de Petite île (97). Petite île est une série de dénonciations, magistrale et salutaire, envers le colonisateur britannique et la démarche touristique.
Si le ton est distancié, presque cassant, efficace, l’écriture est rythmée, toupie perçant peu à peu la sensibilité des personnages. La langue préexiste à la narration : incantatoire, sauvage, elle est liée à la souffrance.
L’auteur interroge le réel dans son rapport à la vérité : il y a toujours présent le sentiment de non-appartenance et le refus d’être dominée. Comment faire autrement quand les premiers mots appris furent « Empire britannique » ?
Elle refuse l’exotisme qui « a toujours une connotation sexuelle. Si on vous taxe d’écrivain exotique, c’est qu’on a envie de vous baiser, pas de vous lire ».
Dans Mon frère, il y a le temps, celui d’entre la maladie et la mort :
« ce temps est devenu un monde. Pour faire un monde il faut une éternité, refuge de ce qui est perdu, refuge de toutes les choses qui ne seront jamais ou des choses qui ont été mais ont perdu leur cours et l’espoir de se retirer avec quelque grâce ».
L’auteur écrit pour survivre, elle témoigne mais en restant littéraire, intime « car on parle trop souvent d’histoire collective ». L’écriture est un processus douloureux, et le lecteur doit s’y adapter.
Mon préféré est « Autobiographie de ma mère » qui commence ainsi « Ma mère est morte au moment où je suis née, aussi toute ma vie n’y a-t-il jamais rien eu entre moi et l’éternité ». Sa lucidité confine au vide absolu, et pour cette raison j’admire ce livre et ne me lasse pas de le relire, en espérant qu’Albin Michel en fera une autre impression.
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PollenAshes
publié le 24 mars 08